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Mémoires Historiques.
Louis I. que le mécontentement général se porta jusqu’à dire que Judith avoit ensorcelé l’Em-pereur, lequel sans cela n’auroit jamais consenti à sa propre honte & à l’infamie qui secommettoit dans le Palais. En 830, l’orgueil de Bernard, ses familiarisez avec Judith& l’indolence de l’Empereur, qui, pendant ce trouble public, n’étoit occupé que deMonastères dont il regloit lui-même la conduite, firent un fi grand effet, que tout cequi restoit de Seigneurs à la Cour, s’adrefferent en Corps au Roi Pépin, pour l’invitera venir, en l’absence de ses freres, vanger l’honneur de fa Maison. A cette semoncePépin s’avança avec des troupes & fur l’avis qu’en reçût l’Empereur il commença paréloigner Bernard, mit fa femme dans un Monastère à Laon & s’avança lui-même jus-qu’à Compiegne. Pépin se saisit d’abord de Judith, qui par un artifice merveilleuxpromit bien plus que le Prince ne demandoit, car elle l’aíTeura que s’il lui promettoitde lui faire parler en secret à l’Empereur, elle l’engageroit à abdiquer & à se confi-ner dans un Monastère & qu’à son égard elle consentoit d’y entrer auflì pour y passerle reste de sa vie ; on les aboucha donc & à la sortie de cette entrevue Louis se laiíïaconduire à S. Medard de Soissons pour s’y faire instruire dans la pratique de la vie Mo-nastique. Les choses étant en cet état, Lothaire, fils aîné, arriva, lequel approuva toutce qui avoit été fait & envoya Judith à Sainte Radegonde de Poitiers pour y prendrel’habit.
Louis passa le Printems & l’Eté de cette année 8307 dans l’Abbaye de S. Medard,& il y auroit pris l’habit, si les Moines eux-mêmes ne l’en eussent détourné : les Histo-riens asseurent que dès fa jeunesse il avoit envie de se retirer du monde & d’imiter l’é-xemple de son grand oncle Carloman, mais que l’Empereur Charles son pere l’en avoitdissuadé ; il est bien seur à cette fois que la conférence que Judith demanda d’avoir se-crètement avec lui n’avoit eu d’autre but que de lui faire connoître fes avantages dansl’occurrence présente, où si les choses tiroient en longueur, il ne pouvoit manquer parces deux qualitez de pere & d’Empereur de sortir d’embarras ; qu’ainsi il n’avoit àcraindre que fa propre foiblesse & son penchant à la vie Religieuse, contre lequel cettefemme le prévint si bien, qu’en quelque éxtremité qu’il se soit trouvé depuis, il n’apûle refondre à faire par force ce qu’il auroit fait très-naturellement dans un autre tems ;or entre les Moines de S. Medard, il y en avoit un, nommé Gondebaud, homme rusé& intriguant, qui ne se promit pas moins que le Ministère fur la confiance que l’Em-pereur avoit prise en lui ; il fit quantité de voyages de la part de Louis vers fes en-fans, fous divers prétextes, mais en effet dans le dessein de désunir les puilhez d’avecLothaire, à quoi il réussit si bien, que les difficultez ne pouvant être levées fans un Par-lement, il fut résolu d’en assembler un -, Lothaire y ayant consenti, insistoit à ce quedu moins il fut convoqué en Neustrie, fondé fur ce que fa partie y étoit la plus forte:le pere & les puilhez vouloient au contraire qu’il se tint en Allemagne ; enfin les deuxparties convinrent du lieu de Nimegue : là, les causes ayant été discutées, l’entreprisecontre Louis fut condamnée, Lothaire fut obligé de lui demander pardon dans fa tente& de lui abandonner les auteurs de cette elpece de sédition ; on procéda ensuite à leurjugement & d’une voix unanime ils furent condamnez à la mort ; les trois enfans sé-ans en jugement avec leur pere, mais celui-ci comme Souverain leur fit grâce de lavie & les condamna seulement à la passer en différens Monastères où ils furent renfer-mez. La convocation de ce Parlement s’étoit faite avec défenses aux Seigneurs d’em-mener avec eux de grands équipages, de peur de donner occasion aux différens partisde soutenir leurs sentimens par les armes, le seul Hilduin, Abbé de S. Denys, contre-vint à cette défence & pour punition fut envoyé a la nouvelle Corbie dans le fonds dela Westphalie ; malgré cette précaution, si Lothaire avoit voulu soutenir son parti parles armes, il auroit eu apparemment l’avantage, mais ne voulant pas risquer la derni-ere disgrâce de son pere, il aima mieux se réconcilier avec lui. De Nimegue l’Empe-reur revint à Aix, où il rappella Judith & ses freres, lesquels on avoit jettez dans des Cou-vents