Mémoires Historiques.
vents dès le commencement de l’émotion, il ne voulut pas toutefois la reprendre qu’dlesie se fut purgée de l’adultere qui lui étoit imposé ; mais ne s’étant point trouvé deChampion contraire, elle en fut quitte à son serment, le Comte Bernard s’en tira avecla même facilité, c’est à dire, en offrant le combat en champ clos aux accusateurs quiauroient voulu se présenter. Cependant Judith devenue plus sage ne le voulut pointsouffrir à la Cour, de sorte que soit par dépit, soit par une dissimulation frauduleuse,il se donna au service du Roi Pépin, qu’il ne cessa de porter à la révolté jusqu’à ce quece Prince ayant été condamné, comme nous le verrons ci-après, ses Etats furent adju-gez à Charles, fils de Judith.
Cannée suivante au jour de Pâques, l’Empereur, en mémoire de la douceur & dusacrifice de Jésus Christ, ce sont les termes des Historiens, rappella tous ceux qui, enconséquence du jugement précédent, avoient été renfermez dans des Cloîtres, leur ren-dit la possession de tous leurs biens & pardonna à tout le monde, après quoi il renvo-ya ses enfans dans leurs Etats, ayant augmenté ceux de Pépin & de Louis de quelquechose ; toutefois ils n’y retournèrent pas dans de bonnes dispositions & depuis ne luirendirent jamais de parfaite obéissance. En 832, Pépin ayant été mandé au Parlement,n’arriva que quand il fut fini, le pere mécontent le retint auprès de lui, mais il appriten même tems que Louis remuoit en Allemagne, ce qui l’obligea d’y marcher en di-ligence ; le fils recula jusques à Aufbourg, d’où l’Empereur le manda pour assister auParlement de Francfort ; à quoi il satisfit ; d’autre part Pépin retourné en Aquitaine,se disposoit à faire de nouveaux mouvemens, mais l’Empereur le prévint encore & s’é-tant rendu au Palais de Jogontiac en Limousin, il y assembla le Parlement d’Aqui-taine, le fils fut contraint de s’y trouver & les plaintes du pere y ayant été discutées,il fut arrêté prisonnier, mais comme on le conduisoit à Trêves, il s’évada & rentra dansson pais avec les mêmes où de pires dispositions ; fur cela l’Empereur le fit sommer dese trouver au Parlement général convoqué à Orléans, où n’ayant garde de comparoî-tre, il fut privé du Royaume d’Aquitaine par un jugement solemnel & ce même Ro-yaume à l’instant fut donné à Charles, dernier fils, à la demande de fa mere. Maisquoique cette condamnation ne fut point l’effet d’une volonté arbitraire dans le Souve-rain,^ la Nation s’irrita de nouveau à son occasion, on crut que le Moine Gondebauld,qui étoit effectivement devenu le principal Ministre aigrissoit l’Empereur contre ses en-fans en faveur de Judith & qu’il n’avoit poussé Pépin à l’éxtremite que pour profiter defa dépouillé. La disgrâce de celui-ci réunit les trois freres. En 833, Lothaire accom-pagné de ses deux freres & du Pape Grégoire IV, passa en France avec une puissantearmée, dont l’affemblée se fit près de * Barles ; le pere marcha au devant de lui avecune autre armée, toutefois craignant que le Pape ne l’éxcommuniât, il lui envoya desAmbassadeurs pour lui remontrer qu’il s’écarteroit de la réglé des Canons, s’il lançoitcontre lui des anathemes qu’il n’avoit pas méritez & qu’il s’en retournerait lui-mêmeexcommunié par tous les fideles de la Gaule pour une pareille transgression ; mais lePape parut n etre venu que pour concilier les affaires & non pour les aigrir, on eut di-verses conférences en ía preíencç, qui furent inutiles, parce que, pendant qu on traitentla paix, l’armée de l’Empereur l’abandonna & s e joio-nit à celle de ses enfans : en cetétat ce malhûreux pere n’eut d’autre parti à prendre que de se remettre lui-même en-tre leurs mains -, ce ne fut toutefois qu’après les avoir fait jurer que fa femme & sonfils Charles ne perdroient point la vie, ni les membres, de leur consentement. Ils con-finèrent aussi-tôt Charles dans l’Abbaye de Prouin, fans le faire tondre néanmoins &Judith fut envoyée à Tortone en Italie. La vérité est que selon les réglés de ce tems-Jà, son mariage ne valoit rien, étant parente de Louis au degré prohibé, & cetre véri-té lui étoit fi bien connue qu’elle avoir fait massacrer Frédéric, Evêque d’Utrech, enEngeance de ce qu’en mangeant un jour à la table de l’Empereur, il prit la généreuse
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