IZ2 Mémoires Historiques.
Lothaire. une armée, vint attaquer le Comte & le battit, de sorte qu’il eut ensuite toute la sacili-té qu’il desiroít d’entrer en Neustrie & de s’y joindre au Roi Charles, selon le premierprojet. Celui-ci de son côté remonta le long de la Seine pour s’approcher de l’Aqui-taine, dont il attendoit de nouveaux secours, il fut joint en effet à Montereau par troisde ses Comtes, qui lui amenerent quelques troupes, & à Châlons fur Saonne, par famere, qui lui en amena d’autres ; enfin ayant appris les avantages remportez par Louïsde Germanie, lequel après avoir renversé tout ce qui se trouvoit à son passage, cher-choit à le joindre par de nombreuses forces, il marcha à fa rencontre, & après la jon-ction ils allerent ensemble chercher Lothaire, celui-ci les amusa par de nouvelles négo-ciations, jusques à ce qu’il eut été joint par son neveu le Roi Pépin, alors chaque partise trouvant en sa force, Louis & Charles n’ayant pû obtenir de Lothaire des condi-tions auxquelles ils avoient voulu se restraindre, savoir, de la part de Louis de bornerson Royaume au Rhin ; & de la part de Charles, de borner le lien à la forêt Charbon-nière, ils lui donnerent le combat au 25. de Juin, ou le 7. des Calendes de Juillet decette année 841 : C’est une époque d’autant plus remarquable que tout ce qu’il y avoitalors de forces Françoiscs assemblées auprès des quatre Rois, y périrent entièrement ; ily eut plus de 100000 morts fur la place, & l’on peut dire que, depuis ce jour, la Monar-chie, dénuée de son véritable appui, ne fit plus que ramper dans les divisions & l’igno-minie. Cet évenement arriva, comme l’on sçait, à Fontenay, à l’éxtremité de la Cham-pagne du côté d’Auxerre, mais il est difficile de déterminer si ce fut à Fontenay prochede Chably, comme on le croit communément, ou si ce fut un autre Fontenay prochede Coulanges : Nitard, qui est le seul Auteur auquel on s’en puisse rapporter, dit quela bataille le donna fur une riviere qu’il nomme Rìuda Burgundionum , il parle auffi d’unmarais qui séparoit les deux camps, d’une hauteur qui dominoit à celui de Lothaire &de quatre postes principaux, où campèrent les jeunes frétés, Taarìa, Britlìs, Fagit & So~Ismnat , deíquels lieux on ne decouvre que des vestiges équivoques, dans les environs deChablis. Quoiqu’il en soit, Louïs & Charles ayant été renversez & battus avec un éx-trème carnage, dans le commencement du combat, virent subitement rétablir leurs af-faires, & revenir la victoire qui les avoit abandonnez, à l’arrivée de l’armée de Pro-vence & de Languedoc, commandé par le Duc Guerin, lequel se déclara pour eux,Innumera firage peradîâ, dit la Chronique, vidìor extitit Lotharìus ; sedsubito WarinusDuxcum Provincianis C? Fholosanis supervenìens , super Lotharium Fruit C? ingravatum est proe~Hum , fugatusque & victus est Lotharìus. Ainsi ses jeunes frétés obtinrent une entiere vi-ctoire fur leur aîné & n’en tirèrent cependant aucun avantage réel, parce que l’éduca-tion qu’ils avoient reçue, ramenant tous leurs scntimens à la pratique de quelques œu-vres de surerogatíon, ou plutôt à des vœux qu’à de justes actions, touchez d’ailleurs parle désastre de la Nation qu’ils pouvoient en effet regarder comme le leur propre, ils nesongèrent qu’à célébrer des Processions, des Jeûnes & des Litanies pour expier le cour-roux du ciel & le fléchir sor l’état de tant de morts ; soins non pas inutiles, mais bienplus aiscz à prendre, que de regler des désirs immoderez. Les frétés s’étant ensuite sé-parez, Lothaire, qui eut le tems de réparer ses forces, tomba si vivement sor Charles àîa fin de l’année, qu’il fut réduit à se sauver dans les forêts de la Province du Perche,où Lothaire manqua de nouveau à l’accabler.
En 842, les deux frétés se trouvèrent dès le mois de Fevrier à Strasbourg, où ils re-nouvellerent leurs alliances, & l’on a encore les formulaires de leurs sermens dans lesdeux langues qui divisoient alors la Domination, le Romance & le Tudesque, ils mirentensuite leurs forces en campagne ; Lothaire se trouvant le plus foible, céda la partie& se retira vers Lyon, abandonnant l’Austrasie èc la Bourgogne : les jeunes frétés pourprofiter de l’occurrence, assemblèrent auffi-tôt les Evêques de leur parti à Aix la Cha-pelle, où par un emportement presque incroyable, ils privèrent l’Empereur Lothaire desa part en deça les Monts -. Nitard, qui a rapporté la procedure de ce prétendu juge-ment.