Mémoires Histori q_u e s.
Ch.ms.les
rent le Païs Nantois, le Poitou, P Anjou & la Touraine. Ranulphe Duc d’Aquîtaine& le Marquis Robert ayant réuni leurs forces pour les repousser, leurs Troupes gagnè-rent la bataille, mais les deux Chefs furent tuez ; ce qui donna moyen aux Normandsde fe retirer avec un butin infini : le Marquis laissa deux enfans, Eudes & Robert, quitous deux s’éleverent jusques à disputer la Couronne à Charles, petit fils du Chauve.Le désordre de la Monarchie étoit alors fi grand, qu’à peine l’on connoissoit le nomdu Roi, si ce n’est pour le detester : chaque Gouverneur fe rendoit indépendant & ferangeoit selon ses plus grands intérêts, tantôt d’un parti & tantôt d’un autre ; car nousavons remarqué, que quoique le Trône fut occupé par Charles, non seulement l’ancienParti de Pépin subsistoìt toujours en Aquitaine, mais qu’il s’étoit répandu dans la Neu-strie avec un progrès si rapide, qu’il ne tint qu’au Germanique d’en demeurer maîtredeux fois consécutives ; ainsi l’on volt que la Royauté ne demeuroit à Charles, que fau-te d’autres sujets propres pour la remplir ; peut-être aussi par la crainte des Ecclésiasti-ques & la terreur de l’éxcommunication qui n’auroit pas manqué de fondre fur ceux quiauroient voulu envahir fa Couronne au préjudice de la consécration d’un Sacre folem-nel ; ou, c’étoit fans doute par cette raison que Charles faisoit bassement fa cour auxEvêques, comme la requête qu’il présenta au Concile de Savonieres en fait la preuve.D’ailleurs la Maison d’Aquitaine des Comtes de Poitou, laquelle étoit éxtrèmement éten-due, étoit fortement attachée à Charles, au contraire de celle d’Angoulême qui étoit àla tête de l’autre Parti ; mais les uns & les autres ne travailloient pas moins à fe procu-rer une parfaite indépendance, jufqu’à ce qu’enfin la fortune des enfans du Marquis Ro-bert l’emporta fur tous les autres Seigneurs & même fur la Postérité du Roi Charles. IIest encore nécessaire de remarquer à cette occasion que c’est à ce tems qu’il faut rappor-ter la destination des familles particulières, je ne veux pas dire que l’ufage des noms ap-pellatifs des Familles ait alors commencé (car on fçait qu’il est postérieur de plusieurs si-écles) mais il est évident que la propriété & conséquemment la succession dans les Em-plois s’étant alors introduite, ceux qui fe trouvèrent en poste filon, commencerent à sé-parer & à distinguer les Familles par les noms du lieu de leur établissement : on voitmême par l’éxemple de la Maison d’Aquitaine que les Collatéraux éloignez aidoientles enfans orphelins de leurs proches à conserver les titres de leurs peres, puis que c’estainsi que dans la fuite Bernard & Guillaume, Comtes d’Auvergne, asseurerent le Com-té de Poitiers aux enfans de Ranulphe premier & second, contre les entreprises desRois.
En 869, il arriva une chose singulière & qui porta une étrange frayeur dans tous lesesprits par rapport aux matières de la Religion. Le Roi Lothaire d’Australie étant pas-sé en Italie, a Poccasion de la mort du Pape Nicolas, qui avoit été le Protecteur de íafemme Tiedeberge ; & de l’Election d’Adrien II. pour essayer d’induire celui-ci àdissoudre son mariage : ce nouveau Pape administrant la Communion au Prince & àplusieurs Seigneurs qui l’accompagnoient, s’avisa de les faire jurer sur le Sacrement, queLothaire s’étoit réellement séparé de Waldrave & qu’il n’avoit plus de commerce avecelle ; ils surent tous assez malhûreux pour faire un faux serment, mais ils n'en porterentpas loin la punition ; car le Roi Lothaire & tous les autres moururent presque subite-ment à leur retour, soit de l’intemperie du Pais & des maladies qui y regnoient, soit dutrouble de leur conscience. A cette nouvelle le Chauve, dont l’avidité étoit incapablede ceder à aucune considération, se jetta promptement sur l’Austrasie & se fit couronnerà Metz : Hincmar, Archevêque de Rheims, l’Oracle de son tems, fut l’Auteur de cet-te injustice, dont la procédure s’est conservée avec les harangues artificieuses de ce Pré-lat ; mais il fuffisoit alors qu’un Evêque de réputation donnât son suffrage a une actionpour la justifier pleinement. Je remarquerai ici deux choses au sujet de ces haranguesfaites par Hincmar en cette occasion, la premiere qu’il y établit comme un fait certain& notoire que l’Empereur Louis pere de Charles étoit issu.de Clovis, premier Roi Chré-
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