Mémoires Historique s. 139
tien & qu’il en étoit descendu par S. Arnould ; chose inouïe jusques-là & quî auroit pû Charlesservir à Pépin le Bref dans le tems qu’il usurpa la Royauté, si elle eut été pour lors con-nuë : la seconde que Clovis fut oint & sacré après son baptême avec une huile céleste,coelitùs desumpto chrismate , dont, dit-il, son Eglise poffede encore les restes, unde L? aâr-hue habemus ; ce qui fait voir que l’Histoire dè la sainte Ampoule n’est pas auffi moder-ne qu’on le pourroit penser. Cependant l’Empereur Louis, à qui ] a Succession de Lo-thaire son frere appartenoit de droit, ne se trouvant pas en état de la revendiquer par lesarmes, employa la médiation du Pape, qui fit tous les efforts imaginables pour engagerCharles à la restitution : il ordonna même à Hincmar & aux autres Evêques de se sépa-rer de la Communion du Roi, mais ce Prélat osa lui répondre qu’il paffoit les bornes deson pouvoir, & que les affaires d’Etat n’étoient point de fa compétence, pendant quelui-même disposoit arbitrairement d’une Couronne contre le droit certain & évident, envertu du seul privilège de son Episcopat: c’est ainsi que de tout tems on a conduit lesaffaires, bien moins par les réglés de l’équité que fur des prétextes. Hermintrude,femme du Chauve, mourut le 5. d’Octobre de cette année à S. Denys, où elle fut in-humée par les foins de Bozon, fils de Beuvin, Comte d’Ardennes, dont la sœur étoitou devint presque auffi-tôt après maîtresse & depuis femme du même Prince.
Cependant Charles, craignant que le Germanique son frere ne vint à remuer, pressépar les instances du Pape, & qu’il ne lui enlevât entièrement une si belle dépouillé,consentit à la partager avec lui, proposition qui fut acceptée & qui rendit depuis tousles efforts du Pape inutiles ; si ce n’est que l’Imperatrice Ingelberde, femme de Louis,obtint enfin du Germanique, dans une entrevue qu’elle eût avec lui, la promesse d’uneentiere restitution de ce qu’il occupoit : quant à Charles, il fut inébranlable dans soninjuste possession, persuadé que le consentement des Evêques & le Sacre nouveau qu’ilen avoit reçu la rendoit légitimé ; nous verrons dans la fuite que Hugues, malhûreuxfils de Lothaire & de Waldrave, disputa long tems pour retenir quelque portion desEtats de sonpere, & qu’il pérît à la fin dans un Cloître après avoir été aveuglé. D’au-tre part le Chauve, pour se dédommager de la cession qu’il avoit faite à Louis le Ger-manique, ne tarda pas à s’emparer de la Bourgogne, Provence & Dauphiné, fans au-tre résistance que celle du mémorable Siège de Vienne, qui fut soutenu pendant troismois par Berthe, femme du renommé Gérard de Roussillon, le seul des Grands de l’Em-pereur Lothaire, qui demeura fidele à ses enfans. Après la prise de la Place, Charlespassionément amoureux de Richilde, donna les Comtez de Vienne, de Provence & deBourgogne à Bozon son frere, dont elle avoit entrepris d’élever la fortune au dessusde tous les Seigneurs François ; Charles avoit auparavant tenté de le mettre en posses-sion du Comté de Poitiers, mais la résistance de Ranulphe second l’en ayant empêché,il lui conféra cette dignité avec une si grande étendue de Païs qu’il ne lui fut pas dif-ficile d’en faire un Royaume, comme nous le verrons dans la fuite ; il ne toucha pasnéanmoins à la Bourgogne Transjuranne, qui demeura, comme je l’ai dit, à Conrardd’Estralinguen. II y a toutefois une difficulté fur l’article du siège de Vienne & de lafidélité que l’on attribue à Gérard de Roussillon, laquelle resulte de l’autorité de laChronique de Vezelay, qui paroit détruire en partie ce que les Historiens du Dauphiné& la Tradition de la Champagne nous disent de l’un & de l’autre ; en effet cette Chro-nique porte éxpressement, qu’en l’année 83 8, Gérard Comte de Roussillon offrit au PapeNicolas par les mains de l’Abbé Haithon les Monastères du Poultieres & du Vezelaylors tenus par des filles, & que ce Pape confirma ces deux fondations, y joignant desprivilèges & le don de plusieurs Reliques ; puis fur l’an 864, la même Chronique rap-porte la mort de la Comtesse Berthe & son inhumation à Poultieres : & enfin fur l’an867, elle marque pareillement la mort du Comte Gérard lui-meme, arrivée dans laVille d’Avignon, toutes lesquelles dattes font tellement antérieures à la mort du jeuneLothaire qu’il est impossible d^í^oncilier avec l’usurpation du Chauve, si l’on n’en
compte