Mémoires Historiques. 145*
passera & ordonne de se servir dans les occasions prelïees de gens à cheval qui seront Charlesautorisez à prendre des relais où ils en auront besoin, ou bien de Couriers à pié, Cur- Chauve.fores , qui avoient été établis par son ayeul. En l’Article 33, il ordonne de réunir àla Couronne la Royauté des Bretons, que la necelîìté l'a contraint de ceder à un Princequ’il ne nomme point & qui est apparemment le célébré Nominoc, & il fonde la ju-stice de cette réunion fur ce qu’il ne reste personne de ceux à qui il S ’est engagé parserment. II défend dans un autre lieu que son fils puisse chasser dans quinze ou vingtmaisons Royales, dont il fait l’énumeration, ordonnant au Comte Adhelme Forestier,de tenir état de tous les sangliers ou bêtes fauves, Feramina, qu’il pourroit faire tu-er en son absence. II témoigné ailleurs, par une espece de retour & d’attendrisiêmentsur lui-même, desirer au cas qu’il mourut dans son voyage que l’on achève le Palaisou l’Abbaye qu’il a commencé d’édifier à Compiegne, firo charitatis suae memoriâ ;mais se flattant encore que sa mort feroit un étrange éclat dans le Monde, il veut queles enfans de ceux qu’un tel évenement touchera de componction jusqu’à les conduiredans des Cloîtres, soient conservez dans les honneurs & possessions qu’ils auront ac-quises : il veut encore que l’on achève les fortifications de la Ville de Paris & la con-struction des Châteaux entrepris fur les bords de la Loire & de la Seine pour arrêterles Normands. Enfin l’Article second de l’annonciation contient une derniere singu-larité plus remarquable, s’il se peut, que tous les articles précedens, c’est une protesta-tion de la droiture & de la fidélité de son intention pour rendre aux Seigneurs, en gé-néral & en particulier, la justice qui leur est dûë fans dol, fans fraude, fans machination,ni artifice, pour en opprimer quelqu’un directement ou indirectement.
C’est ainsi que Charles, après un Régné de 37 ans, pendant lesquels il avoit épuiséla Monarchie, prit congé des François, laissant toutes choses dans un désordre qui écla-ta bientôt après, lors que fa mort eut délié les sermens qui retenoient encore cette Na-tion Religieuse. II s’achemina en Italie avec une éxtrème promptitude par l’impati-ence du retour, répandant par tout de grands spectacles de pieté & donnant à son vo-yage le beau nom de l'Oeuvre de Dieu ; le Pape vint au devant de lui jusques à Ver-ceil & de-là ils descendirent ensemble jusqu’à Pavie, où le Parlement étoit indiqué pouraviser aux meilleurs moyens de chasser les Sarrazins, mais au milieu des délibérationsl’on apprit que Carloman, l’aíné des enfans du Germanique, arrivoit avec une puissantearmée pour demander raison au Pape & à son Oncle de l’usurpation de l’Empire & del’Italie ; auffi-tôt la terreur s’étant rendue maîtresse de tous les esprits, les Députez seretirerent avec précipitation, Charles ne voulant pas néanmoins perdre tous les fraix deson voyage, engagea le Pape, avant sa fuite, de couronner l’Imperatrice, & la céré-monie s’en fit à Tortone, d'où le Pontife regagna la Ville de Rome en diligence. PourCharles, il ne songea pareillement qu’à faire prompte retraite en deça des Monts : cen’est pas toutefois tout le merveilleux de cet évenement, puis que Carloman & touteson armée saisis d’un essroy d’autant plus incroyable qu’ils n’avoient vû, ni pû voir au-cun ennemi, repassèrent les Alpes avec un désordre comparable à celui de la plusgrande défaite ; telle étoit la vertu des Princes auxquels de fi puissantes Nations obéis-soient encore. Quant a Charles, la haine & le mépris que l’on avoit pour lui étoienttels que l’on peut penser que toute la France sc feroit à la fois soulevée, s’il y fut ren-tré ; mais la Providence en disposa autrement, il apprit en chemin que ses principalesCréatures avoient conspiré contre lui, Bozon son beau-frere, l’Abbé Hugues, Marquisde France, son cousin germain, & les deux Bernards, Ducs d’Aquitaine & de Septi-manie ; cette nouvelle lui causa une émotion fiévreuse de laquelle son médecin, gagnépar les Conjurez, le délivra par un remede empoisonné, dont il mourut, dans le pas-sage de Montunis le 5. Octobre 877, âgé de 54 ans & quelques mois, ne laissant qu’unseul fils, nommé Louis, qui fut son Successeur & surnommé le Bègue ; ainsi finit leRégné fatal de celui auquel la prédilection de l’Empereur Louis, malgré les tristes
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