Mémoires Historiques. 17
chevéque Brunon, à Charles frere da Roi. Ce bienfait fut toutefois la pomme de dis- Lot-iairecorde, Charles ne lui en fçùt point de gré parce qu’il ne vouloit point relever de laCouronne de Germanie, & Lothaire, prétendant que ce Royaume lui appartenoit dedroit, soutint qu’Othon n’en avoit pu disposer, c’est ce qui donna occasion â l’irruptionsoudaine, qu’il fit en Ce Païs-là, en l’annee 978 ; dans laquelle il marcha tellement àl’improviste, qu’il pensa surprendre le jeune O thon dans le Palais d’Aix la-Chapelle,dont il eut à peine le te m s de sauver sa personne, laissant sa vaisselle & tous ses meu-bles précieux entre les mains de Lothaire. Pour prendre fa revanche d’une telle in-sulte, Othon se mit aussi-tôt à la tête d’une Armée de 60000 hommes, avec laquelleayant traversé la Champagne & l’Ifie de France, il se vint présenter devant Paris.
Hugues Capet, qui en étoit Comte, s’y renferma pour la défendre, mais comme lafrison étoit fort avancée, l’Armée d’Othon ne pût tenir la Campagne assez long temspour forcer une telle Place ; il prit le parti de la retraite, dans laquelle il fut suivi &harcelé par les François, de telle forte qu’il perdit son Arriere-garde au passage de laRiviere d’Aisne. Ce fut en cette occasion, si l’on en croit les Historiens Allemands,qu’arriva le Miracle par lequel Udalric Evêque d’Ausbourg, qui accompagnoit l’Em-pereur en ce voyage, affermit les eaux du fleuve par fa bénédiction, en forte que toutel’Armée le passa à pié sec ; Geffroy Comte d’Anjou, surnommé Grisegonnette, se si-gnala dans cette guerre, au dessus de tous les Seigneurs François ; ce fut lui qui pro-posa que les deux Rois vuidassent leur querelle par un combat singulier, devant lesdeux Armées ; mais les Allemands rejetterent cette proposition ; cependant, quoique lesParties parussent si animées que l’on en pouvoit craindre de tristes suites pour les Peu-ples des deux Royaumes, la Paix se fit immédiatement après ; Lothaire renonça à laLorraine & Othon investit Charles, frere du Roi de la Mofellanique, à laquelle il joi-gnit l’année suivante les Villes de Metz, Toul, Verdun & Nancy, pour lesquelles, iléxigea le serment de fidélité.
Ce n’étoit pas véritablement une action bienséante à un Prince de la Postérité deClurlemagne, que de s’engager par serment envers un des anciens sujets de fa Maison jmais ce n’étoit pas un crime à un Cadet dénué de subsistance d’avoir accepté sous cet-te condition la Duché de Lorraine, lors que le Roi son frere étoit notoirement horsd’ecat de lui donner un partage, comme il s’étoit jusques-là pratiqué dans la MaisonRoyale, ou même de lui donner aucune sorte d’établissement. Cependant HuguesCapet, qui suivpit les traces de ses Ayeuls, saisit cette occasion pour animer le Roi sonfrere & tous les François contre lui, afin que le cas arrivant de la mort de Lothaireil pût profiter de cette haine générale, d’autant plus avantageusement que le Roi n’a-voit qu’u n fils imbécille. II se joignit à cela un mécontentement personnel du Roicontre son frere sur ce qu’il l’avoit empêché de s’emparer du Trésor de Cambray,comme il avoit fait de celui de S. Wast d’Arras ; ainsi la mort de l’Empereur Othon
II. étant íurvenuë en 982, Lothaire se jetta inopinément sur la Lorraine, emporta la\ ille de Verdun & prit le Comte Godefroy prisonnier ; mais fur la nouvelle qu’Othon
III, qui avoit sucedé à son pere, avoit été couronné d’un consentement général & qu’ils approenoit pour le repousser, il se retira avec promptitude & rendit la liberté à sonprisonnier. En 985, Lothaire associa son Lis Louis à la Royauté & le fit couronneriolemnellement avec sa femme Blanche, de laquelle on ignore la Famille ; Mezeray acru qu’elle étoit fille de RotbauçL Comte de Provence ; quoiqu’il en soit, elle ne me-ritoit gueres cet honneur, puis que peu après elle abandonna son mari dans un voyageou elle le conduisit, & le Roi Lothaire fut obligé d’aller rechercher son fils ; il mou-rut à son retour, so 12. da May 986, non fans soupçon de poison que l’on prétendit luiav °ir été donné par la Reine Emme sa femme. Ce fut un Prince actif & belliqueux,ruais perfide, comme tous ceux de son Siécle. U fut inhumé à Rheims,
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