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Tome premier.
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178
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Mémoires Historiques.

178

Hugues pointe & s’empara de Soissons & de Rheims, mais il se ralentit trop tôt, en sorte quel'Archevêque Adalòeron fut assez hardi pour refuser de le sacrer, sous le prétexte qu’iln’avoit pas le droit de disposer seul de la Couronne, laquelle ne pouvoit être valable-ment donnée que du consentement des Seigneurs & des Evêques représentans l’Etat en-tier. Celui-ci n’auroit peut-être pas fait une difficulté fur laquelle il avoit passé assez lé-gèrement en faveur de Hugues, s’il ne l’avoit senti íì proche de lui ; car en effet il re-prit auíïì-tót la Ville de Rheims, mais Adalberon ne vit point la fin de cette querelle,étant mort incontinent après ; fur quoi Hugues, par une Politique dont il eut en fuitelieu de se repentir, conféra P Archevêché à Arnoul, frere naturel du Duc Charles ; eneffet, ce nouvel Archevêque introduisit auíîì-tôt son frere dans la Ville, & pour se dis-culper de la violation de son serment demeura son prisonnier par collusion. D'autre côté,si tôt que la nouvelle des premiers succès de Charles se fut répandue dans la France, leComte de Poitou, dont la Maison avoit toujours été fidèlement & constamment attachéeà celle de Charlemagne, se déclara pour lui, & soit par ses discours, soit par ses lettres,il osa reprocher à tous les Seigneurs François qui s’étoient trouvez au Parlement d'Or-léans & au Couronnement du jeune Robert, la violation de leur serment. Sane DuxAquitanorum JVitteUnus reprobans nequitiam Francorum Hugoni subditus ejfe noluit ; Vérita-blement, dit la Chronique de S. Cybar, Guillaume Duc d’Aquitaine, détestant l’iniqui-té des François, refusa l’obéïssance à Hugues : mais celui-ci connoissant toute l’impor-tance de cette entreprise songea auffi-tôt à la réprimer & marcha droit à Poitiers, où ilmit le Siège, inutilement toutefois, parce que le Comte trouva moyen d’affamer sonArmée & le battit en diverses rencontres, de forte qu’il fut obligé de regagner la France.La même Chronique dit néanmoins que le Poitevin fut défait par les François dans levoisinage de l’Abbaye de Bourgueil, & qu’en suite il s’accommoda avec les deux Rois :en effet, l’on volt dès l’année suivante 991, qu’il étoit occupé d’une nouvelle guerrecontre le Comte d’Anjou pour l’hommage du Loudunois & du Mirebalais.

Ce fut en cette même année 991, que se termina la guerre du Duc Charles ; car Hu-gues ayant trouvé le moyen de gagner l’Evêque Afcelin, lequel possedoit toute la faveurdu Duc, fut introduit dans la Ville de Laon, le jour du Jeudy Saint de cette année, & s erendit ainsi maître non seulement de la Place, mais de Charles & de fa Famille, qui n’é-toit occupé que de la dévotion du jour, il les fit auffi-tôt conduire à Senlis, & delà dansla grosse Tour d’Orleans où il retint ce malhûreux Prince jusques à fa mort, qui arrivadeux ans après, l’an 994 ; il laissa deux garçons, O thon & Louis, & deux filles, Her-mengarde & Gerberge ; O thon posséda quelque tems la Lorraine Mosellanique, &mourut sans postérité l’an 1004, n’ayant au plus que 18 ans. Louïs étant mort quelquetems auparavant, les filles furent mariées, sçavoir Hermengarde avec Albert, Comtede Namur, & Gerberge, avec Lambert, Comte de Mons, ou plutôt de Hainault, filsde Régnier au long col, qui l’étoit du fameux Gifalbert & de Gerberge de Saxe, quiépousa en secondes nopces le Roi Louïs d’Outremer. La Reine Isabeau, femme dePhilippe Auguste, sortoit de l’aînée, & les Landgraves de Hesse font issus de la seconde.Tel fut le sort de cette guerre, & en général la maniéré dont Hugues Capet, & par luitoute fa Postérité, font parvenus a la Couronne de France : il ne reste pour éclaircir cedernier fait qu’à donner l’état du Royaume à leur avènement, afin de mettre le Lecteuren état déjuger s’il est vrai, comme la plupart des Modernes osent Rassurer, que ce futde la grâce de ce Prince que les Seigneurs obtinrent la possession de leurs Terres & lesdroits attachez à cette possession, comme réciproquement il en obtint le droit de leurcommander, qu’il n’avoit pas auparavant. J’ai déja dit, &jelerepéte, parce qu’il esttrès-veritable, qu’à peser ce droit primordial, ni Charles Martel, ni Hugues Capet, n’enavoient pas plus l'un que l’autre fur la Couronne dont ils se sont rendus propriétaires, &que si 1 on veut donner quelque avantage au premier & a íes descendans au dessus dusecond, ce ne peut être qu’au droit de son ancienneté, parce que l’on convient presque

généralement