Mémoires Historiques. • 179
généralement qu’une autorité reconnue & reçue ne peut être comparée, quant au droit, Huguesavec une entreprise plus moderne, quels qu’en aient été les Auteurs, & je ne puis faireréflexion fur une vérité qui coule íì naturellement de la définition d'une Royauté suc-cessive, sans m’étonner que les Historiens aient été si timides à s’en éxpliquer. En effet,on pourroit déduire de leur déguisement sur cet Article, qu’ils ont douté du droit essen-tiel de la troisième Race de nos Rois, au lieu qu’en le considérant du côté qui nous ledoit rendre véritablement respectable, sçavoir l’obéïffance constante qui leur a été ren-due par nos peres & par nous-mêmes ; nos sermons qui nous engagent à la même fidéli-té que nos Ancêtres ont eu pour les leurs, il en refulte une liaison réciproque qui doitfaire le bonheur de la Société. Malheur aux Rois, s’ils ne s’acquittent pas de leurs de-voirs envers nous ; mais malheur à nous si nous manquons aux nôtres, & jamais l’incer-titude du droit primordial ne justifiera raisonablement quiconque fera assez criminel pours’en éloigner.
Dans le fait, les Rois & les Peuples errent également par l’imagination que les Cou-ronnes font patrimoniales, & que le fils a un droit incontestable d’y succéder à son pere,ce qui sera vrai en effet s’il est reconnu par le plus grand nombre, de ceux qui doivent o-béïssance ; mais qui ne le fera pas, si comme à l’égard de Charles, Duc de Lorraine, laProvidence en dispose autrement. S. Paul nous dit expressément, que les Puissances fontordonnées de Dieu , à? que celui qui s’y oppose combat contre Dieu même. Les Payens n’enont pas jugé autrement, & l’on peut à ce sujet citer l’éxemple de l’Empereur Tite, le-quel déplorant le genie impatient de son frere, l’avertissoit que toutes les entreprises qu’ilfaisoit contre sa vie ne lui seroient peut-être bonnes à rien, parce que les Empires fontdistribuez par un destin supérieur à l’ambition particulière : Régna fato dantur. D’autrepart, la lecture précédente nous a mis devant les yeux de terribles exemples & bien op-posez au préjugé commun, touchant le droit d’aînesse & l’heredité, ou succession néces-saire, de sorte qu’il n’est plus possible de fonder en conséquence aucun droit certain surl’ordre de la naissance, ni sur le privilège du Sang. Non seulement Bernard Roi d’Ita-lie, & Pépin Roi d’Aquitaine, sont exclus eux & leur Postérité malgré leur aînesse,mais le Parlement de France, consulté sur la personne de Louis le Begue, fils unique duChauve, loin de répondre que la Couronne lui appartenoit de droit, ne s’engage queconditionnellement envers lui ; Si Deus & Vos eum fublimaverïtìs : Réponse qui remetmanifestement le droit le plus évident à la décision du succès, dont la cause ne se peutchercher que dans la volonté de Dieu & la disposition du Roi régnant, qui est censé re-vêtu par conséquent de l’autorité nécessaire pour adjuger sa succession à qui elle doit ap-partenir ; reconnoissons cependant, qu’à ces différons égards il n’y a pas au monde dedroit si parfaitement établi que celui de la Maison régnante en France, soit du côté dela possession qui se trouve aujourd’hui de plus de sept Siécles, soit du côté de la règlesuréminente du Destin qui la favorise depuis si long tems. Mais si je crois détermine-ment & du fond de mon cœur le droit de la Maison Royale parfaitement incontestable,je n ai pas une moindre opinion de celui des Peuples par rapport à la propriété de leursbiens, soit qu on la considéré dans le principe, c’est à dire, dans la premiere conquête,soit qu’on la regarde dans la décadence de la Monarchie fous la seconde Race.
Dans le premier état, j’ai fait voir qu’une Nation entiere qui s’est déterminée à chan-ger le Païs de fa naissance, & à faire une conquête au risque de se perdre elle-même, n’ajamais pû considérer rétablissement personnel de son Roi, comme son objet principal -,il est vrai néanmoins que le succès d’une telle entreprise n’a pû lui devenir favorable,sans que le Roi en ait eu le profit principal, outre la gloire de la conduite ; mais quela Nation ait renoncé, ou même qu’elle ait pû renoncer à son droit sur les Terres qu’el-L s’est acquise, & q u ’ e il e a partagées dans la feule idée de donner à ce Roi, ou à sesSuccesseurs, un pouvoir illimité, dont il ne lui reviendroit d’autre avantage que la gloire
obéir, c’est non feulement ce qui n’a pas été fait, .mais qu’il étoit impossible de faire,
ou