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Tome premier.
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HuguesC a p f. t.

C/'Y'Ví

Mémoires Historiques.

ou d’imaginer. J’en dis autant par rapport à la seconde Epoque, avec d’autant plus deraison que ce qui s’y est passé a un principe non contesté, sçavoir rétablissement du droitféodal, qui fut accepté & des Rois & des Peuples, sinon par délibération solemnelle, dumoins par un usage public & consacré par l’estime que Charlemagne en avoit fait ; ou-tre qu’en ce tems-là il auroit été plus utile aux Rois que le Despotisme même, quelqueprévention qu’on ait en sa faveur -, si les Rois, au lieu de se laisser piller comme ils fi-rent, a voient eu assez de genie & de courage pour faire avec méthode & discernementce qu’ils ne pouvoient plus empêcher d’être fait. Et delà je conclus qu’autant qu’il yauroit de noirceur & d’injustice à calomnier le droit de la Maison régnante, parce qu’el-le ne sort pas originairement de Charlemagne, autant il y a de bassesse, d’indigne adu-lation, de mauvais cœur à n’oser dire que les biens des Peuples leur appartiennent dedroit naturel, fans qu’il soit nécessaire de faire intervenir la grâce ou la concession desRois, pour en autoriser la possession ; quoique cette proposition soit notoirement vraye,& qu’il importe infiniment à la Conscience & à la Gloire des Rois qu’ils en soient persua-dez, & qu’ils en fassent une Maxime plus inviolable encore que celle de l’obéïssance quileur est dûë. En effet, on s’écarte un peu de cette obéissance, & l’éxperience fait con-noître que s’il arrive des troubles dans un Etat, c’est rarement la faute des Peuples, maistoujours celle des Princes factieux ou des Favoris aveuglez de la Fortune. Les Rois aucontraire fous ce prétexté flatteur de leur autorité, à laquelle on ne peut rien opposerfans crime, croyent aisément qu’ils ont droit d’user à discrétion des biens particulierscomme publics ; c’est leur idée commune, & l’on ne reproche presque jamais à leur mé-moire autre chose que d’avoir épuisé leur Peuple au delà des termes de la justice, danslequel il leur est permis d’employer une médiocre partie des biens des sujets à la conser-vation de tout le reste : Principe non moins sacré à leur égard que celui qui enseigneparmi nous la nécessité de Pobéïssance. Et qu’il me soit permis d’en apporter pourpreuve l’éxemple de la vigne de Naboth, puis que le droit des Israélites fur leurs propresbiens, après la conquête & le partage de la Terre promise, n’étoit pas différent de celuique nous avons fur les nôtres, si nous remontons aux premiers tems* & toutefois ce n’estpas là nôtre meilleur titre, puis que celui de la féodalité, qui a la convention pour prin-cipe & la foy réciproque des parties pour seureté, oblige les Rois à notre égard, commeil nous oblige envers eux, à la feule différence de la force qui est de leur côté. II mereste à présent à montrer par le détail de l’Etat du Royaume à l’avenement des RoisHugues & Robert, que ce droit de propriété des biens n’est point de leur institution,qu’ils l’ont trouvé bien & solidement établi, & que la Couronne ne leur a été donnéequ’à condition de le maintenir.

A l’egard de la Normandie & de la Bretagne, nous avons vû de quelle maniéré ellesa voient été cedées solemnellement aux Normands, l’une à titre de propriété & l’autre àtitre d’hommage dès l’année 912, fous obligation de la foi -, car encore que les Rois yayent souvent manqué dès qu’ils en ont eu l’occasion, le droit n’en est pas moins évidentpar rapport à la convention & à la Religion des scrmens donnez de part & d’autre. IIest donc certain, que la Royauté des Capétiens n’a rien innové pour ces deux Provinces,& que les nouveaux Rois font entrez à leur égard dans tous les engagemens des Anci-ens. Quant à la Flandre, nous avons vû que Charlemagne en avoit confié la garde àun Comte qui prit le titre de Forestier, & qui la gouverna si bien, que malgré les rava-ges des Normands, s’étant repeuplée en moins d’un Siécle, elle devint une des plus con-sidérables Provinces de France, dont l’étenduë étoit comprise entre l’Escaut, la Mer &la Riviere de Somme. II seroit difficile de déterminer positivement si la premiere insti-tution de forestier fut féodale, mais en revanche il est aisé de reconnoître que ses Suc-cesseurs ont joui féodalement de cette grande Province, depuis Baudouin, surnomméBras de fer, qui épousa Judith, fille de Charles le Chauve ; non feulement on trouve lasuccession établie parmi ses Defcendans, mais on volt que la question des hommages a

1 souvent