Band 
Tome second.
Seite
312
JPEG-Download
 

Ziî Etat de la France.

Rous- porte même quelquesfois le désordre si loin, comme il a été pratiqué en cette année 1710, que

sîLLON^les enlevemens de fourages faits fur les Sujets du Roi n’auroient été ni plus rigoureux r» plusdomageables fur les terres des ennemis, de forte qu’il n’en est: aucunement resté pour les be-stiaux qui ont vécu un hyver d’herbes feches Sc abandonnées de la Campagne ou de celles quel’on a découvertes sous les neiges des montagnes, cependant loin que l’interêt du Roi fe trouvejoint à une vexation si prodigieuse il est arrivé que l'on n’a fait contre l’ordinaire 8c contre laréglé précise aucune diminution des fourages qui ont été livrez sous le pretexte que le Roi necompte jamais les pailles qui font distribuées par son ordre aux Troupes de Cavalerie 8c d'In-fànterie. De plus il arrive encore que le Païfan découragé laisse perdre 8c abandonne la plusgrande partie des pailles qu’il pourroit conserver tant pour le Roi que pour lui même pour ceque la coutume du Pais n’est pas de battre les grains avec le fléau comme il est d’ufme enFrance, mais de les amasser dans des aires à la campagne ou l’on foule le grain 8c la paille fousles pieds des bestiaux, après quoi le grain étant retiré l’on serre la paille ou on l’abandonne se-lon que le Propriétaire le trouve à propos, mais toujours de telle façon qu’il n’y a rien à direà celui qui négligé de la mettre à prosit. Or entre plusieurs expediens qui peuvent être pro-posez pour le plus grand profit du Roi 8c pour le soulagement des Peuples il paroit dabordquoique l’Auteur ne le dise pas, que la maniéré toute militaire dont fe fait le recouvrement decette contribution met le premier obstacle au bon ordre en général 8c au profit des deux carties, de forte que le premier remede depend d’une nouvelle façon de faire ce même recouvrement. Secondement il paroit que la difficulté d’assembler ces fourages en des lieux commodesau logement des Troupes multiplie nécessairement le nombre des magazins, en forte qu’ils’esirencontre dans les moindres lieux lesquels on est obligé d’abandonner à la bonne foi des Con-suls, qui pour l’ordinaire ne fçavent ni lire ni écrire 8c encore moins ce que c’est que rendrecompte, d’où il s’enfuit que le pillage pratiqué par les Commissaires est une perte fans profitd’aucune des deux parties par un pillage subséquent. *

Mais il feroit aisé d’établir un certain nombre de gros magazins comme 10 ou 12 en toutela Province lesquels étans distribuez dans les lieux les plus commodes au logement de 1 C ^lerie 8c gardez par des hommes destinez à ce seul Emploi auxquels on ne paieroit quedeà^'ges três-modiques qui pourroient même être imposez sur toute la Province, on ferost exemptde la nécessité de disperser les Troupes comme l’on a fait aujourd’hui, au grand doma^e dela discipline 8c l’on feroit asseuré que tout ce qui auroit été enfermé dans les Magazinstourneroit au véritable profit du Roi Sc de fa Cavalerie. II est vrai que ìa difficultédes voitures causée par la foiblesse 8c le petit nombre des chevaux 8c bestiaux d IProvince paroit faire un obstacle insurmontable à ce projet, mais l’Auteur croitcessant d’exiger à la rigueur 1a moitié des fourages, loin d’autorifer que l’on enprenneàdiscrétion 8c usant d’ailleurs de quelque gratification envers ceux qui sc chargeroient des voi-tures, on pourroit aisément faire conduire les fourages des lieux particuliers dans les endroits où"l’on destinerait de faire hyverner les Corps entiers, on pourroit même selon l’Auteur propor-tioner la demande des fourages au nombre des Troupes que l’on voudrait avoir dans le p a i s .en un mot il est persuadé qu’au lieu du désordre qui y régné à cet égard, on y introduiraitaisément une méthode nouvelle plus utile auRoi & plus favorable à fes Sujets 8c fur cela il pro-pose l’exemple de la Cerdaigne Françoise où le recouvrement se fait en cette manière à k m andésatisfaction des Peuples. Enfin il ajoute qu’il ne faudrait point être avare de ce qui se trouve-rait de fourages non consommez au bout de l’année 8c qu’il en faudrait faire Imposition aiztemps de k récolté, afin que chacun connut en même temps ce qu’il est obligé de donner 8c cequi lui doit demeurer en asseurance furquoi il feroit en état de se precautioner. Toutefois cen’est pas encore tout, car Ton a introduit depuis quelques années l’ufage des corvées pour lavoiture des vivres, munitions 8c autres choses nécessaires au service des armées, ce qui joint àCe peu de nourriture qui reste aux bestiaux du Pais fait une charge très-onereufe aux Habitans& laquelle bien pesée mérité au moins au sentiment de l 'Auteur que Ton les exempte des af.faires extraordinaires que Ton tache d’y introduire journellement.

A Pégardí