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Tome premier.
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110
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110 HISTOIRE

Aristote i), ils rendirent à la terre la figure plate, queThalès ct son premier successeur lui avoient ôtée. Anciaci-mandre n’a pas été exempt de ces imputations ; on lui a faitdire ( 2 ) que les orbites des astres étoieut de grandes roues,remplies d’un feu qui s’échappoit par une ouverture , et queles éclipses se íaisoient par qn engorgement de cette ouver-ture : on en rapporte autant d ' A naximène. II ajouta môme ,dit-on, à ces absurdités, que les astres ne tournoient pointsons la terre, niais autour d’elle , comme un bonnet sur latête (3). II faudroit être d’une çrédulité extrême pour adopterces récits. Four peu qu'on lise les vies des philosophes avecun esprit doue de critique , on s’apperçoit aisément combien3a fiction défigure cette-partie de leur histoire. Je crois quecelle de leurs dogmes et de leur doctrine’ n’a guère moins souf-fert de 1 ignorance, et même j'eu rapporterai plus bas quelquespreuves. Je ne craindrai donc point de rejeter entièrement cer-tains faits, quand ils seront trop visiblement contraires à lamarche de l’esprit humain. O 11 a dû, il est vrai, errer long-temps dans la recherche des causes des premiers phénomènes;mais les vérités mathématiques dont il s’agit ici, sont tellesqu’étant une fois reconnues, elles ne pouvoient manquer d’en-traîner les suffrages de tons les bons esprits. S’il est donc vraique Thalès et Anaxìmandre aient eu des idées justes sur laforme de la terre , les éclipses, la distribution de la sphère , etc.qui pourra se persuader que leurs successeurs, c’est-à-dire, lesmeilleurs esprits dc leur école ; que des hommes distinguésd’ailleurs par divers traits de génie, se soient aussi tôt écartésde leur doctrine, et ayent substitué à des vérités lumineusesdes erreurs d’une absurdité révoltante? Ces écrivains qui necherchent qu’à amuser par des traits de ridiculç, vrais ou faux,pourront adopter ces récits dénués de vraisemblance. Pournous , à qui l’intérêt de la vérité et l’honneur de ia philoso-phie sont chers, nous les mettrons dans le même rang queles contes qu’on fait de la mort d ' Empodocle et -d’ Aristote,les ris continuels de Déinocrite et les calomnies dont on anoirci S oc rate.

II est à propos de remarquer ici avec quelque étendue l'ori-gine de ces imputations, et de montrer sur quel fondementelles sont appuyées. Les unes viennent probablement du stylepoétique ou mystérieux dans lequel écrivirent les premiers phi-losophes ; et les autres, de i’ignorance des compilateurs qui

( 1 ) De eccio , 1. 2 , c. 12 . f?) Orig. Philosoph.

(l) Plut. de Placit. Phil Stob.

EcLg. Phjs. Orig. PkUosophumena.