DES MATHÉMATIQUES. Part. III. Lit. III. 56?
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Nous allons maintenant parcourir les diverses parties de 1 Eu-rope , et Paire ccnnoître les travaux et le mérite des princi-paux géomètres qui y fleurirent durant le seizième siècle, etqui tentèrent par des ouvrages, autres que des traductions oucommentaires, à étendre le cliamp des mathématiques. Il estjuste que nous commencions, par l'Italie d’oii sont, en quelquemanière , sorties les premières étincelles des sciences et des arts.
Nicolo Tartalea ou Tartaglia, car il prit indifféremment l’unde ces noms dans différons ouvrages, nous occupera le pre-mier , comme celui qui , parmi les mathématiciens d’Ilalie ,semble avoir joué le rôle le plus brillant , tant par ses diversécrits et inventions, que par ses démêlés avec un homme nonmoins célèbre, lc fameux Cardan ; nous le citerons comme unexemple remarquable de ces hommes qu’onvoit, de temps à autre ,se faire jour malgré les obstacles les plus capables d’étoufferle génie. 11 étoit de Breseia, mais dune famille très-basse ettrès-pauvre, car son père faisoit le métier de messager ; et cepère qui soutenoit sa famille , étant venu à mourir, elle tombadans une misère extrême. Pour surcroît de malheur , Tartaleaétoit à Breseia, quand les François revenant de Naples, ctayant gagné la bataille de Fornoue , prirent et saccagèrentcette ville. 11 y reçut, quoique très jeune, plusieurs blessuressur la te te, qui le rendirent bègue, ce qui lui iit donner lenom de Tartaglia ou ï'artalea . La nature fut son seul méde-cin ; car il n avoit pas de quoi payer le pansement de sesblessures. Revenu cependant de ce fâcheux accident, il apprità lire, je ne sais comment; mais pour apprendre à écrire,il fut obligé de voler un maître, à qui il feignit de vouloirprendre un modèle des lettres de l’alphabet. C’est lui-même quinous instruit de ces faits dans son livre des Quesid è inven-zioiii diverse ; mais il ne nous conduit pas plus loin. II estaisé d’imaginer quelles difficultés il lui fallut surmonter pourparvenir aux connoissances qu’il sut acquérir. Ces difficultésne l’empêchèrent pas de se faire un nom dans sa patrie • ilprofessa les mathématiques à Venise, où il fut considéré et con-sulté par tous les amateurs de ces sciences. Car on voit parplusieurs endroits de l’ouvrage ci-dessus, qu’il vivoit dans unesorte de familiarité, avec ce que la république avoit de plusdistingué. Indépendamment de ses traductions d’Archimède etd’Euciide , on a de lui un grand.ouvrage sur l’arilhinétimie ,la géométrie et l’algèbre ( ì ) ; ouvrage fort bon pour son temps,
(i) General trattato dinumeri è misure di Nicolo Tartaglia , etc. la i ^ parte ,Ymeg. 155 1 j in-fol. la i 1 e 3*, ibid. 1556, A 4^, e 6 a parte , ibid. 156o.