DES MATHÉMATIQUES. Part. IV. Liv. I. 7 5par le moyen d’une proposition, unique , suivie de quatrecents corollaires , il démontroit toute la théorie ancienne de cescourbes. Aussi Descartes , qui ne pouvoit croire que ce futl’ouvrage d’un jeune homme de cet âge, disoit-il y reconnoîtrela méthode de Desargues. Ces considérations néanmoins , sontplus ingénieuses que d’une haute géométrie ; mais Pascal lui-même lait, dans un fragment de sa façon sur les coniques (x),lin magnifique éloge de Desargues, en le qualifiant d’un des plusgrands esprits de son temps , et il cite de lui un théorèmegénéral sur les coniques, qu’il appelle merveilleux.
Desargues étoit Lyonnois de naissance ; il avoit une grandefécondité'en inventions particulières, et cultiva beaucoup cettepartie toute géométrique de l’architecture , qu’on nomme lacoupe des pierres. II donna pour cela , ainsi que pour laGnomonique et la Perspective , des méthodes neuves et ingé-nieuses ; mais apparemment paresseux , ou peu ambitieux defaire gémir la presse et parler de lui, il livra ses conceptionsà cet égard au graveur Abraham Bosse , qui les a rédigées avecavec un style si barbare , si plat et si ridiculement prolixe ,qu’il les a en quelque sorte ensevelies dans la poussière. Onattribue à Desargues un ouvrage des plus hardis en architec-ture et exécuté à Lyon , sa patrie : c’est une trompe coniquedans sangle , qui soutient une maison entière , laquelle étantainsi presque en l’air , semble menacer de tomber dans la ri-vière ; c’est à une des maisons bâties à feutrée du pont appeléle Pont de pierre. Llle y existoit encore, il y a peu d'années,dans toute son intégrité , par un effet de l’exactitude et de lapropreté de son appareil.
Nous ne dirons qu’un mot d’Hérigone : c’étoit un mathé-maticien qui n’étoit pas sans mérite. On a de lui un cours demathématique qui est principalement remarquable par la ten-tative qu’il y fit de réduire le langage mathématique à une langueuniverselle , également intelligible à toutes les nations. Quandon connoît í’algèbre, la nature des sujets géométriques, ainsi quedes celle recherches qui les ont pour objet , on sent aisémentqu’un pareil langage ne seroit pas fort difficile à introduiredans cette science ; car ces sujets sont, pour la plupart, sus-ceptibles d’être représentés aux yeux par des symboles presqueparlans. Le Dictionnaire mathématique pourroit,à la rigueur, êtrebien court ; et si l’on a dit que six cents mots composoient toutle Dictionnaire de l’opéra, cela est encore plus vrai de la géo-métrie ; il ne faudroit peut-être pas une vingtaine de signesarbitraires pour représenter les termes de liaison, comme si ,
(*) Œuvres de Pascal. Paris; 1779, t. IV.
K. a