DES MATHÉMATIQUES. Part. IV. Liv. III. 211autres cas , qui sont ceux où un corps en atteint un autre enle suivant avec une vitesse plus grande que la sienne , parcequ’il s’y trompe de même que' dans les précédens. II vaut mieuxpasser à examiner les principes sur lesquelles sont établies cesdéterminations.
En premier lieu , que la quantité du mouvement doive restertoujours la même , c’est une proposition démontrée fausse parl’expérience ; quant à la preuve qu'en apporte Descartes , il estbien vrai que la Divinité agit d’une manière immuable ; accor-dons encore qn’il est fort probable qu’elle entretient l’universpar quelque loi générale ; mais il est bien téméraire de prendrepour le caractère de l’immutabilité divine , cette prétendueinaltérabilité dans la quantité du mouvement. II est mille autreslois plus générales , plus nécessaires , que la Divinité a puchoisir , eût pu dire quelque adversaire d s Descartes ; et eneffet l’on sait aujourd’hui que ce n est pas la quantité de mou-vement absolu qui est inaltérable , mais celle du mouvementvers un même côté , ou bien encore dans le choc des corpsélastiques , la somme des produits de chaque masse par lequarré de sa'vitesse.
En second lieu , Descartes s’étoit formé une idée très-faussedu mouvement ; sans doute il eût raisonné autrement, s’il n'eûtpas trop déféré au faux principe qu’il avoit pris pour guide.Car c’est une proposition bien dure à admettre , que de direque deux mouvemens égaux , mais en sens opposés, ne soientpas deux états contraires du corps. On conçoit très-distinctementqu’il faut quelque chose de plus pour changer un mouvementen mouvement contraire , que pour le détruire simplement etarrêter le mobile ; tout de même que pour changer une cour-bure en courbure contraire , ii faut quelque chose de plus quepour la réduire en ligne droite.
En troisième lieu , Descartes tomboit dans une erreur bienpeu digne d’un métaphysicien , lorsqu’il attribuent au reposet au mouvement une force pour résister à leur changementd état ; il étoit encore bien éloigné de ce sentiment , lorsqu’ilécrivoit (r), «je ne reconnois dans les corps aucune inertie ,» ou tardiveté naturelle , et je crois que lorsqu’un homme se» promène , il fait tant soit peu mouvoir toute la terre ; inais» je ne laisse pas d’accorder que les plus grands corps étant» poussés par une même force, se meuvent plus lentement ; cew qui seroit peut-être assez , sans avoir recours à cette inertie» naturelle qui ne peut aucunement être prouvée : » nous ajou-
(*) Lett. 94, tom. II.
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