226 HISTOIRE
nous avons pris l’habitude de joindre à l’ébranlement d’nn filetsupérieur de la rétine , l’idée d’im objet inférieur ou plus voisinde nos pieds. Ainsi demander pourquoi les images étant ren-versées dans l’oeil , les objets nous paroissent droits , c’est de-mander pourquoi nous voyons les objets comme nous avonsaccoutumé de les voir. Un aveugle né , à qui la lumière seroitsubitement rendue , ne verroit d’abord ni près, ni loin, ni haut,ni bas ; ce fut le cas de celui à qui Cheselden leva la cataracte;il ne commença à juger des positions et des éloignemens , qu’a-près avoir palpé les objets. Descartes se sert de la comparaisond’un aveugle qui tient deux bâtons croisés, et qui par l’impres-sion de la main gauche juge que l’objet est à droite , et au con-traire. Cette comparaison est ingénieuse , et répond assez bienà la difficulté , pourvu q u'on remarque que ce n est pas par lanature du tact que cet aveugle rapporte l’impression exercée surla main gauche à un objet placé à droite , mais par l’habitudequ’il a contractée d’en juger ainsi. Sans cette habitude , sem-blable à l’aveugle de Cheselden , il sentiroit ; mais il ne pourroiîporter aucun jugement sur la situation de l’.objet qui l’alfecteroit.
La distinction avec laquelle nous appercevons un objet dé-pend de celle avec laquelle son image est peinte dans l’œil.Si chacun des cônes formés par les réfractions de l’oeil, porteexactement sa pointe sur la rétine, tontes les parties de l’objetet ses bords seront exactement terminés ; l’on verra l’objet dis-tinctement. Mais si cette pointe tombe en avant ou en arrière ,cette image sera confuse, comme dans la chambre obscure, sila muraille où se peignent les objets est trop voisine ou tropéloignée du verre ; dans ce cas on ne volt que confusément. 11est donc essentiel pour la vision distincte que l’oeil soit telle-ment conformé que. la réunion des rayons visuels ne se fasseni trop près , ni trop loin , mais exactement sur la rétine.
Ceci nous conduit naturellement à la cause des défauts qu’otiremarque dans les différentes vues ; il y a des hommes qui n’ap-pcrçoivent les objets qu’à de très petites distances , et d’autresqui ne voient distinctement que les objets éloignés. Ce dernierdéfaut est ordinairement celui des vieillards , et l’on nomme parcette raison presbìtes , ceux qui ont l’organe de la vue ainsiconformé ; les autres sont nommés myopes. Dans les presbìtes,la cornée ou le cristallin applatis ne rompent pas assez la lumière ,ou peut être quelque conformation particulière rend la rétinetrop proche du cristallin ; de là il arrive que les rayons partisd’un objet voisin , et par conséquent trop divergens , ne seréunissent qu’au-delà de la rétine ; mais s’il est extrêmementéloigné , de sorte que les rayons qui partent de chacun de sespoints soient sensiblement parallèles , le degré de réfraction