DES MATHÉMATIQUES. Part. IV. Lit. V. 33 7sur factions contre ses juges. On voit par quelques-uns qu’ilétoit spécialement ulcéré de ce que Van-Langren , cosmographedes Pays-Bas , qui avoit donné une méthode fort inférieure àla sienne , pour déterminer les longitudes en mer , avoit obtenude Philippe III une forte pension , tandis que lui-même n’avoitreçu aucune récompense de ses travaux. Qu’auroit-il dit encore,S’il avoit vu que Van Langren a obtenu de Iliccioli l’honneurd’un domicile dans la lune , tandis que ce distributeur des grâcesastronomiques l’a entièrement oublié. Les cris de Morin tirentqu’il obtint eníiri du cardinal Mazarin une pension de deuxmille livres , somme assez forte pour le temps , comme encou-ragement à se livrer à la perfection de la théorie de la lune.
Morin eut encore de vives querelles sur ce sujet, avec unP. Duliris , missionnaire récollet , navigateur et aslronome , quiprétendoit aussi déterminer les longitudes en mer par le moyend’un globe construit d’une certaine manière , et qu’il appelloitle globe hauturier. Duliris avoit sans doute tort dans sa pré-tention ; mais il ne laissoit pas de dire à Morin des vérités dures.Ce P. Duliris partageoit les astronomes en deux classes , l’unedes astronomes observateurs , et l’autre de ceux qui ne font del’astronomie que sur le papier , et qu’il appelle papyracées. 11rangeoit Morin dans la dernière classe , et avec quelque raison ;car je ne sache pas que les fastes de l’astronomie citent beaucoupd’observations de Morin ; ces deux hommes finirent pourtantpar se réconcilier.
Ajoutons ici une particularité fort curieuse sur cet astronome ;c’est ce qu’il rapporte dans la sixième partie de son ouvrage( pag. 2 ro et suiv. ) : il y dit positivement qu’un soir du moisde mars i635 , étant occupé pour s’amuser à contempler avecune lunette le monde de Jupiter , il vit un ange descendant daciel qui saborda , et lui tint ce langage : A propos de quoi t’a-muses-tu à ces bagatelles, une plus grande gloire t’attend,c’est de voir les étoiles fixes et les planètes en plein jour ,et en présence du soleil même ; ce qui t’ouvrira un moyen na-turel et nouveau de restituer l’astronomie. L’ange «'évanouitaussitôt après , et Morin se mit à réfléchir avec une joyeuseconfiance sur les moyens d’effectuer l’annonce de ce messagercéleste ; il raconte ensuite les gradations par lesquelles il y par-vint , et comment il vit Arcturus . ainsi que d’autres étoiles,Vénus et les autres planètes , assez long temps après le lever dusoleil. Ce moyen, d’observer est très-ingenieux , et a été mis dansla suite fréquemment en usage à l’Observatoire de Paris , surtoutpour Mercure et Vénus, avec cette différence qu’au moyen demeilleurs instrumens on est venu à voir ces planètes , et mêmeque ques fixes, l e soleil étant au méridien.
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