606 HISTOIRE
unô pure hypothèse. C’est une vérité de fait, une conséquenceà laquelle le conduit l’analogie et l’examen approfondi des phé-nomènes. Mais pour établir ceci avec plus d'évidence, il estbesoin de faire encore quelques réflexions.
L’hypothèse des tourbillons une fois ruinée., et elle paraîtl’être sans ressource après ce qu’on a dit dans le livre IV decette partie , les corps célestes ne sont point portés par descourans de matière éthérée, circulans autour d u soleil, ou d’uneplanète principale. D’un. autre côté , la continuité des mouve-mens des astres, qui sont toujours les mômes dans les endroitssemblables de leurs orbites, est pour nous une puissante raisond’assurer que les espaces célestes ne sont remplis d’aucune ma-tière sensiblement résistante. Car Neuton a montré qu’un fluidesemblable à celui dont Descartes remplissoit ces espaces , dé-truirait dans peu le mouvement des corps qui le traverseraient.Cependant les comètes parcourent les espaces célestes dans toutesles directions imaginables, et avec la même liberté que si c’étoitun vuide parfait; d’où il suit qn’un pareil fluide n'existe point.Et il ne servirait à rien d'imaginer ce fluide atténué à un pointexcessif ; car un célèbre partisan des tourbillons (i) a fait l’aveuque quelle que soit sa ténuité et la division de ses parties , dèsqu on supposera la même masse , il y aura la même réaction,la même résistance , vérité (bailleurs si conforme anx lois dumouvement, reconnues et avouées de tous les mécaniciens, qu'àmoins de s’en former de nouvelles, on ne sauroit la contester.
Le mouvement des corps célestes est donc la suite d’un mou-vement une fois imprimé. Mais les lois de la mécanique nousapprennent qu’un corps une fois mu ne s’écarte jamais de laligne droite qui est la direction primitive qu’il a reçue , à moinsque quelque cause ne l’en détourne. C’est pourquoi , puisquenous voyons les planètes parcourir autour du soleil une lignecourbe, il faut nécessairement qu’à chaque instant elles soientdétournées par quelque force de la direction rectiligne. Ajou-tons que la direction de cette force tend vers le soleil. Car l’ob-servation a montré que les planètes principales décrivent autourde cet astre des aires proportionnelles aux temps ; et c’est unthéorème de mécanique aussi incontestable que les démonstra-tions de géométrie , que lorsqu’un corps , en vertu d’une im-pulsion primitive , décrit autour d’un point des aires propor-tionnelles au temps, la force qui le détourne de la ligne droiteest dirigée vers ce point. Ainsi il est solidement établi que lesplanètes ne circulent autour du soleil que par faction combinéed’une impulsion primitive et latérale, et d’une force sans cesse
(i) M. Saurin, Voyez Mémoires de l’Académie, 1707.