DES MATHÉMATIQUES. Part. V. Liv. VIII. 4ail’égard de la quille étant donnée, ainsi qtie sangle du ventavec la quille, il calcule et réduit en tables ces déterminationspour six espèces de vaisseaux dans les limites des plus ou desmoins alongés , en sorte qu’il n’y qu’à les consulter pour ré-soudre tous les problèmes qu’on peut proposer sur la marched’un vaisseau.
Les marins eurent obligation à Euler d’avoir ainsi pris la peinede réduire son grand et savant ouvrage à ses moindres termes.Mais ce fut encore Bouguer qui éclaira le plus la science dela manœuvre, il nous apprend lui-mêine combien il en avoitsenti le besoin.
8'il fut jamais nécessaire , dit-il , de joindre la pratique à lathéorie , c’est principalement dans la marine. Outre qu’il fautexaminer sur le vaisseau mêrne ce grand nombre de cordagesqui servent à la manœuvre, le navigateur doit savoir une in-finité de choses de fait ou de détail que nous n'avons pas essayéde décrire , et qu’il n’apprendra jamais bien que dans des voyagesréitérés. Quelqu’un qui se confiant trop dans ses connoissancesspéculatives , entreprendroit de conduire un navire la premièrefois qu’il s’embarque , feroit trop certainement une expériencefatale de son peu de capacité. Avant qu’il eût le temps de saisirl’état actuel des choses dans leur changement continuel, qu’ileût rassemblé toutes ses idées, et qu’il eût formé une résolu-tion, il auroit laissé échapper l’instant favorable , et son navireseroit brisé contre quelqu’écueil. 11 faut donc allier nécessai-rement la pratique à la spéculation : après que le navigateur apris une connoissance suffisante des maximes utiles, il faut qu’ilse les rende familières par un grand exercice , pour pouvoir lesappliquer comme machinalement et sans le secours pénible dela réflexion.
Le vaisseau recevant, par le moyen du gouvernail et des voiles,tous les mouvemens qu’on lui imprime, l’homme de mer nese sera pas encore assez exercé dans son art, si un conp-d’œilne lui suffit, pour se rendre présentes tontes ces parties mobiles.Le navigateur ne parvient, il est vrai, à cet état qu’après plu-sieurs années d’un travail opiniâtre ; mais combien la difficulténe sera-t-elle pas diminuée, si on joint l’étude des mécaniquesà celle de la marine? on ne verra rien ensuite, à quoi on nesoit préparé d’avance , et dont on ne puisse se donner l’expli-cation à soi-même. Ainsi pour faire de grands progrès clansla pratique, ou ‘pour contracter ['habitude qui la constitue, ilsuffira de répéter souvent les mômes actes, ou de prendre parta toutes les manœuvres qu’on verra faire. Gomme on ne seraplus obligé de rien exécuter à l’avengle , on sentira bientôt lesheureux effets qu’un exercice réfléchi doit produire, et laqua-