53 a HISTOIRE
long temps les objets dans le champ de la lunette , ce n’est, pourainsi dire, qu’en passant qu’on peut rajuster; et il en est de l’artd’observer à terre à celui d’observer en mer, comme de l’art detirer à un objet posé, à celui de tirer au vol. On ne doit doncpas attendre du navigateur des observations aussi exactes quecelles qu’on fait sur terre. Prendre hauteur en mer sans com-mettre une erreur de 3 o w , nous paroît exiger beaucoup d’a-dresse et d’habitudc ; et il n’y a pas 5 o ans qu’on n’aspiroitqu’à la précision de 2 ou 3 minutes.
II ne paroît pas que les anciens ayent jamais employé dansleurs navigations des observations astronomiques, si ce n’estl’inspection grossière de l’étoile polaire ou du soleil à midi.
II y a lieu de croire que les premiers instrumens dont on seservit pour cet objet, furent des instrumens à suspension ; telsque Panneau astronomique , connu depuis bien des siècles , 011le simble astrolabe, c’est-à-dire, un cercle divisé en degrés oudemi degrés , suspendu par un point d’où commençoit Ta divi-sion , et garni d’une alidade mobile, dont une pinnule admettoitle rayon du soleil, et indiquoit sa hauteur quand il tomboit surun point déterminé de la pinnule inférieure. Mais il est aisé desentir combien un pareil instrument , malgré la meilleure sus-pension pour le retenir dans sa situation verticale , étoit difficileà employer. Car dans Pastrolabe il fal'oit saisir , malgré les niou-vemens du navire, le moment où le filet de lumière solaire pas-sant par la petite ouverture de la pinnule supérieure tomboit surl’ouverture inférieure.
La difficulté étoit un peu moindre , à la vérité , dans Panneauastronomique , car l’ouverture pour admettre le rayon solairequi étoit à 45 ° du zénith étant fixe , et la bande de Panneauayant une certaine largeur, comme d’un pouce , sur laquelle lesdegrés étoient marqués par des transversales , il étoit plus facilede saisir la division où tomboit le rayon solaire , lorsque le plande l’instrument étoit dans celui du vertical du soleil. 11 y avoitde plus l’avantage, que sous la même dimension d’instrument lesdegrés y étoient doubles, parce que la demi-circouférence com-prise entre le rayon horisontal et le vertical , étoit divisée en90 parties, exprimant chacune un degré. Ainsi cet instrumentétoit encore le meilleur de ceux de suspension ; aussi Chazellesdit il qu’il l’avoit éprouvé sur la Méditerranée avcc assez desuccès. Mais il est à remarquer que rien n étoit si grossier dansce temps-là que la pratique nautique des navigateurs de cettemer ; et ce qui pouvoit être bon pour eux , ne pouvoit qu’êtreabsolument insuffisant pour ceux qui avoient à traverser lesvastes plaines de l’Océan, et être plusieurs mois entiers privésde l’aspect de toute terre.