204 MEMOIRES POUR l/HíSTOIREcroyent pas pouvoir nourrir, ou qu’elles jugent ne pou-voir venir à bien, à cause des froids dont ils font mena-cés, 6c auxquels les guêpes les plus fortes ont peine à ré-sister ; car le froid les étonne toutes extrêmement. Lespremiers jours de gelée blanche, elles ne sortent que quandle Soleil a un peu échauffé lair. Quand la chaleur com-mence à fe faire sentir, les meres quittent le dedans du guê-pier, & s’attrouppentfur son enveloppe ou auprès de cetteenveloppe; elles íe mettent entas les unes furies autres &s y tiennent parfaitement tranquilles. Lorsque le froid de-vient plus grand, elles n’ont pas même la force de donner lachaise aux mouches communes qui entrent dans leur guê-pier; íe froid les fait enfin périr. II n’y a,, comme noussavons dit, que quelques meres qui réchappent : celles-cipassent toutl’Hiver fans manger, car elles ne ressemblentpas aux abeilles qui font des provisions; en euffent-elles defaites, elles n'en profiteroientpas: j’ai souvent mis dans leurguêpier du sucre, du miel 6c d autres mets qu elles cher-chent pendant í’E'té, en Hiver elles n y touchoient pas.
En toute saison, les jours de pluye continuelle 6c lesjours de grand vent retiennent nos guêpes dans le guê-pier , elles ne sortent point ; par conséquent il faut quelotit faste diette, les vers comme les meres, car elles n’ontrien en provision. Elles font aussi plus foibles dans les jourspluvieux, 6c après des jours de pluye, leurs excréments fontliquides comme de l'eau.
Toutes celles que j’ai vû revenir de la campagne dansJe mois d’Octobre, avoient à leur bouche une goutte deliqueur quelles rapportoient au défaut de nourriture plussolide: les mouches communes font alors plus rares à lacampagne, 6c les guêpes moins vigoureuses pour les atta-quer. Dans cette saison, je les ai vû laisser entrer paisible-ment dans leur ruche des mouches de différentes efpeces.