532 MEMOIRES POUR l/HlSTOIREdonnassent plus au puceron qu’un suc mai conditionné.Pour aller au-devant de tous les accidents dont les íuiteseussent pu être funestes, M. Bonnet avoit foin de meureson puceron à découvert plusieurs fois chaque jour, de lerégaler d'un air nouveau Sc moins humide ; mais pendanttout le temps où il le faifoit jouir d’un bon air, il n’ôtoit.pas les yeux de dessus lui : souvent même il l’obfervoitavec la loupe, pour s’instruire de ses actions les moins im-portantes.
Un puceron si bien soigné ne pouvoit guéres manquerde prospérer. J’ai dit ailleurs que tous ont à quitter plu-sieurs dépouilles, & qu après avoir laissé la dernière, ilsfont parvenus à leur dernier terme d’accroissement. Je neme fuis pas trop embarrassé de faire les observations pro-pres à apprendre quel est le nombre de celles dont ils sedéfont. Le puceron de M. Bonnet en avoit quatre à quit-ter : il fe tira pour la première fois dune peau qui déjaétoit devenue vieille, le 23 Mai, fur le soir; c’est-à-dire,lorfqu’il fut âgé de trois jours. Au bout de trois autresjours, le 26 Mai, à deux heures après-midi, il fe dépouillapour la seconde fois. II quitta une troisième dépouille le29 fur les sept heures du matin, & enfin il fe défit de laquatrième Sc dernière le 3 1 vers les sept heures du soir.C’est toujours une rude Sc dangereuse opération pour uninsecte, que de quitter un vêtement si complet, Sc appli-qué si exactement fur toutes les parties qu’il couvre, Scauxquelles il est si uni qu’il fait corps avec elles. M. Bon-net qui fçavoit que plusieurs insectes périssent dans leursmues, ne pouvoit être tranquille lorsque quelqu’une decelles de son puceron étoit prête d’arriver ; mais la dernièrele jctta dans les plus vives allarmes : dans des momentsqui la précédèrent de peu, il le trouva fans mouvement,ayant le corps renflé & luisant. Cette dernière circonsetance étoit bien inquiétante pour quelqu’un qui fçavoit