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riche, qu’on a calculé que les droits d’entrée &de sortie qui se payoient aux douanes du Grand-Seigneur pour les marchandises de France, mon-toient k plusieurs millions de livres par an. Leschoses ont bien changé depuis, & il s’en fautbeaucoup que les affaires de la nation y soientsur un pied aulsi floriílànt qu’autrefois, & que lesmarchands françois trafiquent dans les échellesavec leur premiere réputation, puisqu’il est cer-tain que de vingt millions de marchandises qu’onsuppose que toutes les nations chrétiennes quifont le commerce du Levant peuvent tirer desEtats du Grand-Seigneur, il y en a quinze pourles Anglois & les Hollandois, trois tout au pluspour les François, & le reste pour les Vénitiens& les Génois.
On ne peut douter que deux des principalesraisons qui ont contribué k la décadence du com-merce des François, n’aient été, premièrement,ce grand nombre de nouvelles capitulations ac-cordées aux autres nations, & en second lieu, leslongues guerres civiles qui agitèrent la France fousles regnes de Henri II. & de ses succesièurs, quiéloignant le ministère de toute idée de commer-ce , donnerent occasion aux Vénitiens , & ensuiteaux Anglois, de s’affurer la navigation & le négo-ce du Levant fous leur propre bannière. Il estnéanmoins certain que la mauvaise conduite de lanation ou son indolence avoient, autant que laguerre, réduit son négoce dans l’état déplorableoù il se trouvoit, lorsque Louis XIV résolut, en1665 , de le soutenir, & confia à M. Colbert lesoin de rendre au commerce du Levant, du moins•une partie de son ancienne vigueur, s’il n’étoitpas poilible de lui redonner Ion ancienne splen-deur en se soumettant toutes les autres nations. La