A F t
dans cet univers , c'est-à-dire, la manifes-tation de fa gloire, 6c !e plus grand bien de•toutes Iesjcréatures intelligentes;
On n’est point surpris que des pécheurs,qui persévèrent volontairement dans l’habi-tude du crime, soient exposes à diveríesafflictions , qui sont la juste rétributionde leur conduite vicieuse. Mais on trouveétrange que les gens de bien, que les sidelesqui ne pechent que par surprise , par inad-vertence , 6c qui se relevent bientôt deleur péché par la repentance ; on trouve ,dis-je , étrange qu'ils soient auísi exposés àdes afflictions, souvent même plus sensi-bles que celles dont les médians sont visités.J’avoue que ce phénomène soroit absolu-ment inexplicable, si nous étions réduitsà en chercher la solution dans un systèmepurement mondain, qui ne présente quede mauvais côtés dans les souffrances decette vie. Mais le íystême de l'évangile ,d’accord avec les lumières de la philosophiela plus pure, en nous faisant considérernotre intérêt spirituel 6c éternel, ou le salutde notre ame, comme notre grande fin àlaquelle toute autre chose doit être subor-donnée , nous découvre dans les afflictionsune source d'avantages inestimables, quicompensent biens les disgrâces passagèresqui les accompagnent.
Je ne nierai pas que les maux ne soientdes maux. Si cependant un mal quelconquea des fuites, ou produit des esters capablesde dédommager avec avantage de ce qu'ila fait souffrir , on ne niera pas qu'il nepuiffe 6c ne doive être envisagé commeun bien réel, & que coût homme raison-nable n'aimât mieux savoir que de ne sa-voir pas.
Mais les afflictions peuvent avoir desfuites de cette nature , parce qu'une profpérité constante endort les hommes ; unechaîne de plaisirs qui se suivent sans inter-ruption , rendent famé inaccessible à toutepensée sérieuse s un état opposé les fait ren-trer en eux- mêmes , les dispose à penser,6c leur dicte même en quelque sorte les susets sor lesquels ils doivent arrêter leursréflexions.
Un homme qui souffre & qui sent sesMaux , doit tout naturellement penser auxPaoysns de s’en délivrer, parce qu'il s'aimc
'A F F m
luì-même. Ce désir l’obligera de méditerfur la source & les causes de ses disgrâces.Si ses maux sont du genre de ceux qui sontune fuite naturelle, une production néces-saire des fautes qu'on a commises , neloit-il pas se dire , pourquoi Dieu , qui estun être plein de bonté , a-t-il disposé leschoses, de maniéré que le péché porte avecsoi fa propre punition? N’est-ce pas pouren éloigner les hommes ? Mon sort fournieune preuve que Dieu ne voit pas leur con-duite d'un œil indifférent : & quand cesmaux ne scroient pas un effet naturel ffl.nécestaire de la conduire qu’on a tenue,un homme qui croit une providence, vien-dra aux mêmes conclusions ; il sc verracomme forcé de réfléchir fur ses actions ;& cet examen pourra dicter d’utiles réfle-xions, & inspirer de bonnes résolutions.
Quoiqu'en général toutes les afflictionsdisposent à réfléchir, elles ne donnent pasprécisément les mêmes leçons. La perte denos biens doit nous dire que ces avantagessi recherchés sont de nature à ne pouvoirs’y fier : & comme les pensées naissent lesunes des autres, cette premiere réflexiondevroit donner lieu à cette autre. N'est-ildonc aucun bien solide, & qui mérite qu'ons’y attache ? L’homme veut être heureux ,ce désir ne le quitte jamais : s’il ne trouvepas ce bonheur si désiré dans de certainsobjets, il s'attache à d’autres ; âc nsost-ilpas naturel qu’en faisant les réflexions qu'onvient de proposer , on so dise tout de suite :il faut donc chercher en Dieu ce que sescréatures me refusent ; le ciel me fournirace que je ne trouve pas fur la terre.
Les maladies, comme toute autre afflic-tion , ont de quoi humilier. Mais elles ontceci de propre, qu’elles rappellent une idéequ'on cherche à éloigner , c’est celle de lamort:& quels bons effets h'en devroit-on pas attendre ? Voye ç Pf, XC. n.Ecclésiastique , V I L 37 . Eccléjìajle ,VIL r.
Les afflictions , en général , rendentl'homme compatissant. Celui qui n’a jamaisconnu de disgrâces, eft peu touché de cellesd'autrui : shomme qui en a éprouvé, à lavue des malheureux , so rappelle ce qu’il asouffert lui-même ; il souffre à cet aspect ;c'est une esoece de soulagement pour luiD dàâ 2