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pas susceptibles de plus d J ambition. L’a-me d’un artisan , celle d’un laboureur nese repaît point de chimères ; & une exis-tence idéale l’intéresseroit fbiblement.
Mais pour les arts dont le succès dépendde la pensée , des talens de f esprit , desfacultés de famé, sur-tout de l’imagination ,il a fallu non-seulement f émulation de f in-térêt , mais celle de la vanité ; il a fallu desrécompenses analogues à leur génie , & di-gnes de f encourager , une estime flatteuseaux uns, une espece de gloire aux autres,Sc à tous des distinctions proportionnées auxmoyens & aux facultés qu’ils demandent.
Ainsi s 1 est établie dans f opinion la préémi-nence des arts libéraux lur les arts mécha-niques , fans égard à futilité , ou plutôt enles supposant diversement utiles, les uns auxbesoins de la vie, les autres à son agrément.
Cette distinction a été si précise , que ,dans le même art , ce qui exige un degrépeu commun «^intelligence Sc de génie ,a été mis au rang des arts libéraux , tandisqu’on a laisté dans la claste des arts mé-chaniques ce qui ne suppose que des moyensphysiques, ou Les facultés de f esprit don-nées à la multitude. Telle est , par exem-ple , la différence de f architecte Sc du ma-çon , du statuaire & du fondeur, &c. Quel-quefois même on a séparé la partie spécu-lative & inventive d’un art méchamque,pour félever au rang des sciences , tandisque la partie exécutive est restée dans lafoule des arts obscurs. Ainsi f agricultu-re , la navigation , f optique , la statiquetiennent par une extrémité aux connoiflan-ces les plus sublimes, & par f autre à des artsqu’on n’a point ennoblis.
Les arts libéraux se réduisent donc à ceux-ci , f éloquence , la poésie , la musique, lapeinture, la sculpture, f architecture , Sc lagravure considérée dans la partie du dessein.
Par un renversement aster singulier, onvoit que les plus honorés des arts , Sc ceuxen effet qui mentent le plus de f être, parles facultés qu’ils demandent , Sc par les ta-lens qu’ils supposent , que les seuls mêmed’entre les arts qui exigent une intelligen-ce , une imagination , un génie rare , &une délicatesse d’organes dont peu d’hom-mes ont été doués, font presque tous desarts de luxe, des arts fans lesquels la so-
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ciété pourrait être heureuse, 8c qui ne lutont apporté que des plaisirs de fantaisie ,d’habitude Sc d’opinion , ou d’une néces-sité très-éloignée de f état naturel de f hom-me. Mais ce qui nous paraît un caprice ,une erreur , un désordre de la nature , pa-raît néanmoins assez raisonnable : car ce quiest vraiment nécessaire à l’homme a dû êtrefacile à tous, Sc ce qui n’est possible qu’auplus petit nombre , a dû être inutile auplus grand.
Parmi les arts libéraux , les uns s’adres-sent plus directement à famé , comme fé-loquence Sc la poésie ; les autres plus par-ticulièrement aux sens , comme 1a musi-que Sc la peinture ; les uns emploient, pours’exprimer , des signes fictifs Sc changeans,les ions articulés ; un autre emploie des si-gnes naturels, Sc par-tout les mêmes , lesaccens de la voix , le bruit des corps sono-res ; les autres emploient , non pas dessignes , mais f apparence même des objetsqu’ils expriment , les surfaces Sc les con-tours , les couleurs , sombre Sc la lu-mière J un autre enfin n’exprime rien ( jeparle de l’architecture ) , mais son étudeest d’observer ce qui plaît au sens de lavue , soit dans le rapport des grandeurs ,soit dans le mélange aes formes , Sc sonobjet de réunir l’agrément & futilité.
Enfin parmi ces arts , les uns ont la na-ture pour modele , Sc leur excellence con-siste à la choisir , Sc à composer d’après elle,aussi bien qu’elle , & mieux qu’elie-même iainsi opèrent la poésie , la peinture Sc lasculpture ; tel autre exprime la vérité même ,Sc n’imite rien , mais aux moyens qu’ilemploie il donne toute la puissance dontces moyens sont susceptibles : ainsi f élo-quence déploie tous les ressorts du senti-ment , toutes les forces de la raison ; telautre imite ou par ressemblance ou par ana-logie : ainsi la musique a deux organes ,l’un naturel, f autre factice ; celui de la voixhumaine , & celui des instrumens qui peu-vent seconder la voix , y suppléer, porter àfamé , par f entremise de f oreille , de nou-velles émotions.
On voit combien il ferait difficile de ré-duire à un même principe des arts dont lesmoyens , les procédés , f objet diffèrent si, essentiellement.