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Tome troisième.
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ART

Quand il feroit vrai, comme un musi-cien célébré l’a prétendu , que le principeuniversel de l’harmonie Sc de la mélodiefut dans la nature , il s’ensoivroit que lanature feroit le guide , mais non pas lemodele de la musique. Tous les sons Sctous les accords font dans la nature fansdoute ; mais Yart est de les réunir & d’encomposer un ensemble qui plaise à l’oreilleSc qui porte à l’ame d’agréables émotions :or , qu’on nous dise à quoi ce composérest’emble. Est-ce dans le chant des oiseaux,dans les accens de la voix humaine que lamusique a pris le système des modulations4c des accords ;

Cet art est peut-être le plus profond se-cret que l’homme ait dérobé à la nature.Le peintre n’a qu’à ouvrir les yeux ; dira-t-on de même que le musicien n’a qu’àprêter l’oreille pour trouver des modelés ìLa musique, il est vrai , imite aster sou-vent ; Sc la vérité embellie est un nouveaucharme pour elle ; mais qui la réduirait à1’imitation , à l’exprellion de la nature , luiretrancherait les plus frappans de ses prodi-ges , Sc à l’oreille les plus sensibles Sc lesplus chers de ses plaisirs. La musique .res-semble donc d’un côté à la poésie , laquelle Iembellit la nature en l’imitant, Sc de i’au-tre , à l’architecture, qui ne consulte quele plaisir du sens qu’elle doit affecter.

En étudiant les arts , il faut se bien rem-plir de cette idée , qu’indépendamment desplaisirs réfléchis que nous causent la ressem-blance Sc le prestige de l’imitation , chacundes sens a ses plaisirs purement physiques,comme le goût & l’odorat ; l’oreille fur-touta les siens ; Sc il semble qu’elle y soit *d’au-fant plus sensible , qu’ils ion t plus raresdans la nature. Pour mille sensations agréa-bles qui nous viennent par le sens de lavue , il ne nous en vient peut-être pas unepar le sens de l’ouie : on dirait que cet or-gane étant spécialement destiné à nous trans-mettre la parole Sc la pensée avec elle, lanature , par cela seul, ait cru savoir as-sez favorisé. Tout dans l’univers semblefait pour les yeux , Sc presque rien pourles oreilles. Auíïì de tous les. arts , celuiqui a le plus d'avantage à rivaliser avec lanature , c’est Yart des accords Sc du chant,

L architecture est encore moins que la

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musique asservie à l’imitation. Quelle idée,que de lui donner pour modele la premierecabane dont l’homme sauvage imagina dese faire un abri ! Quand cette cabane , cetteébauche de Yart en contiendrait les éié-mens , elle n’a pas été donnée par la na-ture : elle est , comme l’église de S. Pierrede Rome, un composé artificiel, le coupd’estai de l'industrie j & il est étrangy devouloir que Pestai soit le modele du cluf-d’œuvre. Comment tirer de cette cabanel’idée des proportions, des profils , des for-mes les plus régulières >

Le prodige de Yart n’a pas été d'employerdes colonnes & des chevrons : c’est la plussimple Sc la plus grossière des inventions dela nécessité. Le prodige a été de détermi-ner les rapports des hauteurs & des bases ,l’ensemble harmonieux , l’équilibre des mas-ses , la précision Sc l’élégance des sailliesSc des contours. Est-ce la raison , l’analo-gie, la nature enfin qui a donné la com-position de l’ordre corinthien , le plus ma-gnifique de tous , le plus agréable Sc le plusinsensé ? Les colonnes rappellent des tigesd’arbres, qui supportoient de longues pou-tres Sc des solives en travers, figurées parI l’entablement : je le veux bien; mais où 1 in-venteur de l’ordre corinthien a- 1 -il vu ,soit dans la nature , soit dans les premièresI inventions de la nécessité , un vase entouréd’une plante , placé au bout d’une tige d’ar-bre Sc soutenant un lourd fardeau - Cali-maque l’a vu , ce vase, mais il l’a vu parterre , Sc ne supportant rien. L’emploi qu’ilen a fait répugne au bon sens & à la vrai-semblance ; Sc cependant cette absurditéest , au gré des yeux , le plus riche , leplus bel ornement de l’architecture. Lesrouleaux , ou volutes, de l’ordre ionique nesont pas moins ridiculement employés ; Scc’est encore une beauté. L ‘art même , de-puis deux mille ans cherche en vain à ren-chérir fur ces compositions, rien n’en peutapprocher ; les proportions de l’architectu-re grecque restent encore inaltérables ; Scfans avoir de modele dans la nature , ellessemblent destinées à être éternellement elles-mêmes le modele de Yart. Pourquoi cela ?C’est que le plaisir des yeux est , commecelui de l’oreille , attaché à de certainesimpressions, Sc que ces impressions dépen-Mmm z