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les accorder ensemble , en faisant un corpsde doctrine où ils enseignèrent une dou-ble loi, qu’ils nommèrent la loi extérieureôc la loi intérieure. La troisième, enfin, plusrépandue que les deux autres, & mêmela feule autorisée par les loix de sétat, tientlieu de politique, de religion, Sc sur-toutde philosophie. Cette derniere secte, queprofessent tous les nobles & tous les sa-vans, ne reconnoît d autre divinité que la jmatière , ou plutôt la nature ; Ôc fous ce jnom , source de beaucoup d’erreurs ôc de- iquivoques, elle entend je ne fais quelle !ame invisible du monde , je ne fais quelle :force ou vertu surnaturelle qui produit, J.qui arrange, qui conserve les parties de iPunivers. C'est, disent-ils, un principe très-pur, très-parfait, qui ìn ni commence-ment ni fin ; c'est la source de toutes choies,
1 essence de chaque être , ôc ce qui en faitla véritable différence. Ils se servent de cesmagnifiques expressions , pour ne pas aban-donner en apparence 1 ancienne doctrine;mais au fond ils s’en font une nouvelle.Quand on Pexamine de près, ce n'est plusce souverain maître du ciel, juste, tout-puiffant, le premier des esprits, &c l’arbi-tre de toutes les créatures : on ne voir chezeux qu un athéisme rafiné , ôc un éloigne-ment de tout culte religieux. Ce qui leprouve , c'est que cette nature , à laquelleils donnent des attributs si magnifiques,qu'il sem'ole qu'ils l'affranchiffent des im-perfections de la matière , eri la séparantde tout ce qui est sensible ôc corporel, estnéanmoins aveugle dans ses actions les plusréglées , qui n'ont d'autre fin que celle quenous leur donnons , ôc qui par conséquentrie font utiles qu'autant que nous savonscn faire un bon usage. Quand on leur ob-jecte que le bel ordre qui régné dans l’u-nivers n’a píì être l’estet du hasard, quetout ce qui existe doit avoir été créé parúne premiere cause , qui est Dieu : donc ,répliquant - ils d'abord, Dieu est sauteurdu mal moral Ôc du mal physique. On abeau leur dire que Dieu, étant infinimentbon , ne peut être sauteur du mal : donc,ajoutent - ils-, Dieu n’est pas sauteur de toutce qui existe. Et puis , continuent-ils d’unair triomphant, doit-on croire qu'un êtreplein de bouté ait creé le monde , & que
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pouvant le remplir de toutes sortes dé per-fections , il ait précisément fait le contraire ?Quoiqu'ils regardent toutes choses commel'estet de la nécessité , ils enseignent cepen-dant que le monde a eu un commence-ment , ôc qu'il aura une fin. Pour ce quiest de l'homme , ils conviennent tous qu'ila été formé par le concours de la matièreterrestre &c de la matière subtile , à - peu-près comme les plantes naistent dans lesîles nouvellement formées , où le labou-reur n'a point semé, ôc où la terre feuleest devenue féconde par fa nature. Au restenotre ame , dilent-ils, qui en est la por-tion la plus épurée, finit avec le corps,quand íes parties font dérangées, Sc renaîtaussi avec lui, quand le hasard remet cesmêmes parties dans leur premier état.
Ceux qui voudraient absolument purgerd’athéisme les Chinois, disent qu’il ne sautpas Lire un trop grand fond fur le témoignagedes missionnaires ; & que la feule difficultéd'apprendre leur langue Ôc de lire leurslivres, est une raison de suspendre sonjugement. D'ailleurs, en accusant les jésui-tes, fans doute à tort, de souffrir les su-perstitions des Chinois , on a , fans ypenser, détruit saccusation de leur athéis-me , puisque son ne rend pas un culte àun être qu’on ne regarde pas comme Dieu.On dit qu'ils ne reconnoiffent que le cielmatériel pour l'Etre suprême : mais iispourraient reconnoître le ciel matériel (sitant est qu’ils ayent dans leur langueun mot qui réponde à celui de maté-riel , ) ôc croire néanmoins qu'il y aquelqu'intelligence qui l'habite, puisqu'ilslui demandent de la pluie ôc du beautemps, la fertilité de la terre, &c. 11 sepeut frire aisément qu'ils confondent l'in-telligence avec la matière , ôc qu'ils n'ayentque des idées confises de ces deux êtres,fans nier qu'il y ait une intelligence quipréside dans le ciel. Epicure ôc ses disci-ples ont cru que tout étoit corporel, pdif-qu’ils ont dit qu’il n’y avoir rien qui nefit composé d'atomes ; ôc néanmoins ils neniaient pas que les âmes des hommes nefùslent des êtres intelligens. On lait aussiqu’avant Descartes on ne distinguos pastrop bien dans les écoles l'esprit ôc lecorps ; & l’on ne peut pas dite néanmo ns.