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Tome troisième.
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que plusieurs philosophes anciens Sc Mo-dernes ont vécu & font morts dans la pro-fession d’athéifme , il ne faut pourtant pass’imaginer qu’ils soient en si grand nombreque le supposent certaines personnes , outrop zelées pour la religion, ou mal-inten-tionnées contr’elle. Le pere Mersenne vou-loir qu’il n y eût pas moins que 50 milleathées dans Paris ; il est; visible que cela estoutré à l’excès. On attache souvent cettenote injurieuse à des personnes qui ne laméritent point. On 11’ignore pas qu’il y acertains esprits qui se piquent de raisonne-ment , & qui ont beaucoup de force dansla dispute. Ils abusent de leur talent, & seplaisent à s'en servir pour embarrasser unhomme qui leur paroît convaincu de l’exis-tence de Dieu. Ils lui font des objectionsfur la réligion ; ils attaquent ses réponses,8 c ne voulant pas rester en arriéré, ils crient8 c f échauffent, c’est leur coutume. Leuradversaire sort mal satisfait, &c les prendpour des athées, quelques-uns des aísistansçrennent le même scandale , &c portent lemême jugement ; ce sont souvent des ju-gemens téméraires. Ceux qui aiment ladispute &c qui se sentent très-forts, sou-tiennent en mille rencontres le contraire dece qu’ils croyent bien fermement. Il suffiraquelquefois , pour rendre quelqu'un sus-pect d athéisme, qu'il ait disputé avec cha-leur sur l'insuffisance d’une preuve de l’exis-tence de Dieu ; il court risque, quelqueorthodoxe qu'il soit , de se voir bientôtdécrié comme un athée ; car, dira-t-on ,il ne s’échaufseroit point s'il ne l’étoit pas :quel intérêt fans cela pourroit-il prendredans cette dispute ? La belle demande ! n'yest-il pas intéressé pour l'honneur de sondiscernement ? Voudroit - on qu'il laillatcroire qu’il prend une mauvaise preuvepour un argument démonstratif?

La paralelle de l'athéisme & du paga-nisme se présente ici sort naturellement. Onse partage beaucoup sur ce problème , sil’irréligion est pire que la superstition : onconvient que ce sont les deux extrémitésvicieuses au milieu desquelles la vérité estsituée : mais il y a des personnes qui pen-sent avec Plutarque , que la superstitionest un plus grand mal que l'athéisme : ily en a d’autres qui n’osent décider , &

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plusieurs ensin qui déclarent que 1 athéismeest pire que la superstition. JusteLipse prendce dernier parti : mais en même temps ilavoue que la superstition est plus ordinaireque l’irréligion ; quelle s’iníìnue fous lemasque de piété ; & que, n’étant qu’uneimage de la réligion, elle séduit dé telle fortel’esprit de l’homme, quelle le rend ion jouet:Personne n'ignore combien ce sujet a oc-cupé Bayle, Sc comment il s'est tourné detous côtés , & a employé toutes les subti-lités du raisonnement, pour soutenir ce qu’ilavoir une fois avancé. Il s’est appliqué àpénétrer jusque dans les replis les plus ca-chés de la nature humaine : aussi remar-quable par la force & la clarté du raison-nement , que par l'enjouement, la vivacité& la délicatesse de l’esprit, il ne s’est égaréque par l’envie démésurée des paradoxes.Quoique familiarisé avec la plus faine philo-sophie , son esprit toujours actif & extrê-mement vigoureux n’a pû se renfermer dansla carrière ordinaire ; il en a franchi lesbornes. Il s'est plu à jeter des doutes furles choses qui font les plus généralementreçues, & à trouver des raisons de proba-bilité pour celles qui font les plus généra-lement rejetées. Les paradoxes, entre lesmains d'un auteur de ce caractère , pro-duisent toujours quelque chose d’utile &de curieux ; & l’on en a la preuve dans laquestion présente : car l’on trouve dans lespensées diverses de M. Bayle, un grand nom-bre d’excellentes observations fur la nature &cle génie de l’ancien polythéisme. Commeil ne s’est proposé d’autre méthode qued’écrire selon que les choses se présente-roient à sa pensée, ses argumens íe trou-vent confusément épars dans son ouvrage.Il est nécessaire de les analyser & de lesrapprocher. On les exposera dans un ordreoù ils viendront à l’appui les uns des au-tres ; & loin de les afroiblir , on tâchera deleur prêter toute la force dont ils peuventêtre susceptibles.

Dans ses pensées diverses, M. Bayle posasa these de cette maniéré générale , quel’athéisme n’efl pas un plus grand mal quel’idolâtrie . C'est l’argument d'un de ses ar-ticles. Dans l’article même il dit que l’ido-latrie ejt pour le moins aujfi abominable quel’athéisme. C’est ainsi qu’il s’explique d’a-