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Tome troisième.
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„ dans plusieurs occasions il expose à de,, fâcheux inconvéniens : mais la vertu me„ paroît sujette en mille rencontres à des,, inconvéniens du moins auíïì terribles.„ D’un autre côté je comprens parfaite-„ ment bien que la route de la vertu est,, escarpée, & qu’on n y avance qu’en se,, gênant, q u'en se contraignant ; il me,, faudra des années entieres , avant que de„ voir le chemin s'applanir fous mes pas,, & avant que je puiste jouir des effets„ d’un si rude travail. Ma premiere jeu-„ neffe , cet âge où l’on goûte toutes sor-

tes de plaisirs avec plus de vivacité &,, de ravissement , ne fera employé qu’à,, des efforts austì rudes que continuels.„ Quel est donc le grand motif qui doit„ me porter à tant de peine & à de si,, cruels embarras ? seront-ce les délices„ qui sortent du fond de la vertu ì mais„ je n’ai de ces délices qu’une très-foible,, idée. D’ailleurs je n’ai qu’une eípece„ d’existence d’emprunt. Si je pouvois me„ promettre de jouir pendant un grand3, nombre de siécles de la félicité attachée3, à la vertu , j’aurois raison de ramasser,, toutes les forces de mon ame, pour3, m’aílurer un bonheur si digne de mes„ recherches : mais je ne fuis sûr de mon,, être que durant un seul instant ; il se peut,, que le premier pas que je ferai dans le„ chemin de la vertu, me précipitera dans„ le tombeau. Quoi qu’il en soit, le néant,, nàttend dans un petit nombre d’années;„ la mort me saisira, peut-être, lorsque je,, commencerai à goûter les charmes de la,, vertu. Cependant, toute ma vie se fera,, écoulée dans le travail & dans lé desa-„ grément : ne íêra-t-il pas ridicule que,3, pour une félicité peut-être chimérique,,', & qui, si elle est réelle, n existera peut-3, être jamais pour moi, je renonçasse à„ des plaisirs présens, vers lesquels mes„ passions m’entraînent, & qui font de si3, facile accès , que je dois employer3, toutes les forces de ma raison pour3, m’en éloigner ; Non : le moment où„ j’existe est le seul dont la possession mej, soit assurée ; il est raisonnable que je,, saisilíe tous les agrémens que je puis y„ rassembler. "

Il me semble qu'il seroit difficile de trou-Tome III,

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' ver dans ce raisonnement d’un jeune espritfort, un défaut de prudence, ou un man-que de justesse d’eíprit. Le vice, conduitavec un peu de prudence , l’emporte infi-niment sur une vertu exacte qui n’est pointsoutenue de la consolante idée d’un êtresuprême. Un athée , sage économe du vice,peut jouir de tous les avantages qu’il estpossible de puiser dans la vertu considé-rée en elle-mème ; & en même temps ilpeut éviter tous les inconvéniens attachésau vice imprudent Sc à la rigide vertu.Epicurien circonspect , il ne refusera rienà ses désirs. Aime-t-il la bonne chere ? ilcontentera cette passion autant que sa for-tune &c sa santé le lui permettront , Scse fera une étude de se conserver toujoursen état de goûter les mêmes plaisirs, avecle même ménagement. La gaieté que levin répand dans l’ame a-t-elle de grandscharmes pour lui ; il essayera les forces deson tempérament , & observera jusqu’âquel degré il peut soutenir les délicieusesvapeurs d’un commencement d’yvreíîè. Enun mot, il se formera un système de tem-pérance voluptueuse , qui puisse étendresur tous les jours de fa vie, des plaisirs noninterrompus. Son penchant favori le por-te-t-il aux délices de l’amour ? il employeratoutes sortes de voies pour surprendre lasimplicité & pour séduire l’innocènce.Quelle raison aura-t-il sur-tout de respec-ter le sacré lien du mariage ; Se fera-t-ilun scrupule de dérober à un mari le cœur deson épouse, dont un contrat autorisé par lesloix l’amis seul en possession ? Nullement :son intérêt veut qu’il se réglé plutôt sur lesloix de ses désirs, & que profitant des agré-mens du mariage , il en laisse le fardeau aumalheureux époux.

Il est aisé de voir par ce que je viens dedire, qu’une conduite prudente, mais fa-cile , suffit pour se procurer sans risquemille plaisirs, en manquant à propos decandeur, de justice, d'équité, de généro-sité, d’humanité, de reconnoissance, &de tout ce qu’on respecte sous l’idée devertu. Qu’avec tout cet enchaînement decommodités & de plaisirs , dont le vice ar-tificieusement conduit est une source inta-rissable , on mette en paralelle tous les avan-tages qu’on peut se promettre d’une vertuDdddd

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