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qui se trouve bornée aux espérances de la 'vie présente ; il est évident que le vice aurasur elle de grands avantages, & qu’il in- ;fluera beaucoup plus qu’elíe fur le bon-heur de chaque homme en particulier. Eneffet, quoique la prudente jouissance desplaisirs des sens puiffe s’allier jusqu’à uncertain degré avec la vertu même, com-bien de sources de ces plaisirs n’est-elle pasobligée de fermer ? Combien d’occasionsde les goûter ne se contraint-elle pas denégliger & d’écarter de son chemin ; Sielle se trouve dans la prospérité & dansEabondai .ee , j avoue qu’elle y est affez àson aise. Il est certain pourtant que dansles mêmes circonstances, le vice habilementmis en œuvre a encore des libertés infini-ment plus grandes: mais l’appui des biensde la fortune manque-t-il à la vertu ? rienn est plus destitué de ressources que cettetriste sagesse. Il est vrai que si la masse gé-nérale des hommes étoit beaucoup pluséclairée & dévouée à la sagesse, une con-duite régulière & vertueuse seroit un moyende parvenir à une vie douce & commode :mais il n'en est pas ainsi des hommes ; levice & ^ignorance l’emportent, dans lasociété humaine, sur les lumières Lc fur la' sagesse. C’est-là ce qui ferme le chemin dela fortune aux gens de bien, & qui l’élar-git pour une espece de sages vicieux. Unathée se sent un amour bisarre pour la vertu,il s'aime pourtant : la bastille, la pauvreté,le mépris, lui paraissent des maux vérita-bles ; le crédit, 1 autorité , les richesses,s’offrent à ses désirs comme des biens dignesde ses recherches. Supposons qu’en ache-tant pour une somme modique la pro-tection d’un grand seigneur , un hommepuisse obtenir malgré les loix une chargeropre à lui donner un rang dans le monde,le faire vivre dans l’opulence, à établir &à soutenir íâ famille. Mais peíit-il se résou-dre à employer un si coupable moyen deréassurer un destin brillant & commode?Non : il est forcé de négliger un avantagesi considérable , qui sera saisi avec avidité
f ar un -homme qui détache la religion dei vertu > ou par un autre qui, agissant parprincipes, secoue en même temps le joug dela religion.
Je ne donnerai point ící un détail étendu
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de semblables situations, dans lesquelles íavertu est obligée de rejeter des biens très-réels , que le vice adroitement ménagé ^ap-proprierait fans peine & lans danger : maisqu'il me soit permis de demander à unathée, vertueux, par quel motif il se résoudà des sacrifices si tristes. Qu'est-ce que lanature de fa vertu peut lui souriait, quisuffise pour le dédommager de tant depertes considérables ? Est-ce la certitude qu'ilrait son devoir ? mais je crois avoir démon-tré , que son devoir ne consiste q u'à bienménager ses véritables intérêts pendant unevie de peu de durée. Il sert donc une maî-tresse bien pauvre & bien ingrate, qui nepaye ses services les plus pénibles, d'aucunvéritable avantage, & qui, pour prix du dé-vouement le plus parfait, lui arrache lesplus flatteuses occasions d'étendre fur toutefa vie les plus doux plaisirs & les plus vifsagrémens.
Si Y athée vertueux ne trouve pas dans lanature de la vertu l'équivalent de tout cequ'il sacrifie à ce qu'il considéré commeson devoir, du moins il le trouvera, direz-vous, dans l'ombre de la vertu, dans laréputation qui lui est si légitimement due.
■ Quoiqu'à plusieurs égards la réputation soitun bien réel, & que l'amour qu'on a pourelle, soit raisonnable, j'avouerai cependantque c'est un bien foible avantage, quandc'est l'unique récompense qu'on attendd'une stérile vertu. Otez les plaisirs que lavanité tire de la réputation, tout l’avan-tage qu'un athée peut en esperer, n'aboutitqu'à l'amitié , qu'aux caresses , & qu’auxservices de ceux qui ont formé de sonmérite des idées avantageuses. Mais qu'ilne s'y trompe point : ces douceurs de la viene trouvent pas une source abondante dansla réputation qu'on s'attire par la pratiqued'une exacte vertu. Dans le monde, faitcomme il est, la réputation la plus bril-lante , la plus étendue & la plus utile,s'accorde moins à la vraie sagesse, qu’auxrichesses & aux dignités, qu'aux grandstalens, qu’à la supériorité d’esprit, qu'àla profonde érudition. Que dis - je ! unhomme de bien se procure-t-il une estimeaussi vaste & aussi avantageuse , .qu’unhomme poli, complaisant, badin, qu’unfin railleur, qu'un aimable étourdi, qu’un