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Tome troisième.
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me à agir constamment d’une maniérécontraire à ía croyance, le pouste quelque-fois avec violence à agir conformémentà ses opinions ; ce principe ne favoriseen rien l'argument de M. Bayle. Si, mê-me après y avoir pense , Ion trouve quece principe fi mystérieux & fi bisarre n’estautre chose que les passions irrégulieres& les déíirs dépravés de l’homme , alors ,bien loin de favoriser l'argument de M.Bayle, il est directement opposé à ce qu'ilsoutient : or c'est - là le cas , & heureuse-ment M. Bayle ne sautoir s'empêcher d'enfaire l’aveu ; car quoiqu'il affecte commu-nément de donner à la perversité de laconduite des hommes en ce point, unair d’incompréheníìbilité , pour cacher lesophisme de son argument ; cependant,lorsqu'il n'est plus fur ses gardes , il avoue& déclare naturellement les raisons d'uneconduite fi extraordinaire. “ L'idée géné-pi raie , dit - il, veut qu'un homme qui« croit un Dieu , un paradis & un enfer,» faste tout ce qu'il connoît être agréable« à Dieu, & ne faste rien de ce qu'il fait« lui être désagréable. Mais la vie de cet» homme nous montre qu'il fait tout le» contraire. Voulez-vous savoir la cause« de cette incongruité ; la voici. C'est» que l'homme ne se détermine pas à une» certaine action plutôt qu'à une autre,» par les connoiffances générales qu'il a» de ce qu'il doit faire , mais par le ju-« gement particulier qu'il porte de chaquem chose , lorsqu'il est sur le point d'agir.« Or ce jugement particulier peut bien« être conforme aux idées générales que« l'on a de ce qu'on doit faire , mais le-r plus souvent il ne l'est pas. Il s’accom-» mode presque toujours à la passion do-» minante du cœur, à la pente du tem-» péramem , à la force des habitudes con-» tractées , & au goût ou à la senfibi-» lité qu'on a pour de certains objets. “Si c'est - là le cas, comme ce l'est en effet,on doit nécessairement tirer de ce prin-cipe une conséquence directement con-traire à celle qu'en tire M. Bayle ; que files hommes n'agislènt pas conformémentà leurs opirions , & que l'irrégularité despassions & des désirs soit la cause de cet-te perversité 3 U s’ensuivra à la vérité

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qu'un théijle réligieux agira souvent con-tre ses principes , mais qu’un athée, agiraconformément aux siens , parce qu’un athée&c un théijìe satisfont leurs passions vi-cieuses , le premier en suivant ses princi-pes , Sc le ïecond en agiílant d'une ma-niéré qui y est opposée. Ce n’est doncque par accident que les hommes agis-sent contre leurs principes , seulementlorsque leurs principes se trouvent en op-position avec leurs passions. On volt par-là toute la foibleste de l'argument de M.Bayle, lorsqu'il est dépouillé de la pom-pe de l'éloquence & de l'obscurité qu’yjettent l’abondance de ses discours, le fauxéclat de ses raisonnements captieux , & lamalignité de ses réflexions.

Il est encore d'autres cas que ceux desprincipes combattus par les passions, oàl'homme agit contre les opinions ; &c c’estlorsque ses opinions choquent les senti-mens communs du genre humain, com-me- le fatalisme des stoïciens , & la pré-destination de quelques sectes chrétiennes :mais l'on ne peut tirer de ces exemples au-cun argument pour soutenir & justifier ladoctrine de M. Bayle. Ce subtil contro-versiste en fait néanmoins usage , en insi-nuant qu'un athée qui nie l'existence deDieu , agira aussi peu conformément àson principe , que le fataliste qui nie la li-berté , & qui’agit toujours comme s'il lacroyois. Le cas est diffèrent. Que l’on ap-plique aux fatalistes la raison que M. Bayleassigne lui-même pour la contrariété qu'onobserve entre les opinions & les actionsdes hommes, on reconnoîtra qu'un fata-liste qui croit en Dieu , ne fàuroít se ser-vir de ses principes pour autoriser ses pas-sions ; car , quoiqu’en niant la liberté il endoive naturellement résulter que les ac-tions n’ont aucun mérite , néanmoins lefataliste, reconnoiflant un Dieu qui récom-pense & qui punit les hommes, commes’il y avoit du mérite dans les actions,agit aussi comme s’il y en avoit réelle-ment. Otez au fataliste la croyance d'unDieu , rien alors ne l’empêchera d’agirconformément à son opinion j en forteque , bien loin de conclure de son exem-ple que la conduite d'un athée démentirases opinions a il est au contraire évident