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Tome troisième.
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cilles , le noble & le roturier ; toutes cessortes de gens qui, fur la vertu, ne con-viennent , pour ainsi dire , que dans lanotion générale du mot, font íi sembla-bles à l'égard de leurs passions , que l’ondiroit qu’ils se copient les uns les autres.D’où vient tout cela , si non que le prin-cipe pratique des actions de l’hommen’est autre chose que le tempérament,l’inclination naturelle pour le plaisir , legoût que l’on contracte pour certains ob-jets , le désir de plaire à quelqu’un , unehabitude qu’on s’est formée dans le com-merce de ses amis, ou quelqu’autre dis-position qui résulte du fond de la nature,en quelque pays que l’on n aille , & dequelles connoillances que l’on nous rem-plissie l’efprit ? Les maximes que l’on adans l’efprit laiffent les sentimens du cœurdans une parfaite indépendance : la feulecause qui donne la forme à la différenteconduite dfes hommes , font les differensdegrés d’un tempérament heureux ou mal-heureux , qui naît avec nous , & qui est:lester physique de la constitution de noscorps. Conformément à cette vérité d’ex-périence, il peut se faire qu’un athée vien-ne au monde avec une inclination naturel-le pour la justice & pour l’équité, tandisqu’un théiste entrera dans la société hu-maine accompagné de la dureté , de lamalice & de la fourberie. D’ailleurs, pres-que tous les hommes naissent avec plusou moins de respect pour les vertus quilient la société : n’importe d’où puissie ve-nir cette utile disposition du cœur hu-main ; elle lui est eílentielle : un certaindegré d’amour pour les autres hommesnous est naturel , tout comme l’amoursouverain que nous avons chacun pournous-mêmes : de-là vient que quand mê-me un athée , pour se conformer à sesprincipes , tenterait de pousser la scélé-rateíle jusqu’aux derniers excès, il trou-verait dans le fond de fa nature quelquessemences de vertu , & les cris d’uneconscience qui l’effrayeroit , qui l’arrête-roit , & qui ferait échouer ses pernicieuxdesseins.

Pour répondre à cette objection , qui re-çoit un air éblouissant de la maniéré dontiM. Bayle l’a proposée en divers endroits

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de ses ouvrages, j’avouerai d’abord, que letempérament de l’homme est pour lui uneféconde source de motifs, &c qu’il a uneinfluence très-étendue fur toute fa con-duite. Mais ce tempérament forme-t-il seulnotre caractère ; détermine-t-il tous lesactes de notre volonté î sommes-nous ab-solument inflexibles à tous les motifs quinous viennent dc dehors ? nos opinions ,vraies ou fau fies, sont-elles incapables derien gagner fur nos penchans naturels ?Rien au monde n’est plus évidemmentfaux ; & , pour le soutenir, il faut n’avoirjamais démêlé les ressorts de fa propreconduite. Nous sentons tous les jours quela réflexion , fur un intérêt considérable,nous fait agir directement contre les motifsqui sortent du fond de notre nature. Unesage éducation ne fait pas toujours toutl’effet qu’on pourrait s’en promettre : maisil est rare qu’elle soit absolument infruc-tueuse. Supposons dans deux hommes lemême degré d’un certain tempérament &cde génie : il est fur que le même caractèreéclatera dans toute leur conduite ì L’unn’aura eu d’autre guide que son naturel >son esprit assoupi dans l’inaction, n’aurajamais opposé la moindre réflexion à laviolence de ses penchans ; toutes les habi-tudes vicieuses, dérivées de son tempéra-ment , auront le loisir de se former ; ellesauront affermi fa raison pour jamais. L’au-tre, au contraire, aura appris, dès l’âge leplus tendre, à cultiver son bon sens natu-rel ; on lui aura rendu familiers des principesde vertu & d’honneur ; on aura fortifiéj dans son ame la sensibilité pour le prochain,| de laquelle les semences y ont été placées! par la nature ; on l’aura formé à l’habitudej de réfléchir fur lui-même, & de résister àj ses penchans impérieux : ces deux personnesj seront - elles nécessairement les mêmes ?Cette idée peut-elle entrer dans l’esprit d’unhomme judicieux ? Il est vrai qu’un tropgrand nombre d’hommes ne démententque trop souvent dans leur conduite lesentiment légitime de leurs principes, pours’asservir à la tyrannie de leurs passions :mais ces mêmes hommes n’ont pas, danstoutes les occasions, une conduite égale-ment inconséquente ; leur tempéramentn’est pas toujours excité avec la même