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violence. Si un tel degré de paillon dé-tourne leur attention de la lumière de leursprincipes, cette passion , moins animée,moins fougueuse, peut ceder à la forcede la réflexion, quand elle offre un intérêtplus grand que celui qui nous est promispar nos penchans. Notre tempérament afa force, & nos principes ont la leur ; selonque ces forces font plus ou moins grandesde côté & d autre, notre conduite varie.Un homme qui n’a point de principesopposés à ses penchans, ou qui rien a quede très-foibles, tel que Xathée, suivra tou-jours indubitablement ce que lui dicte sonnaturel ; & un homme dont le «./mpéra-ment est combattu par les lumières faussesou véritables de son esprit, doit être sou-vent en état de prendre le parti de sesidées contre les intérêts de ses penchans.Les récompenses & les peines d’une autrevie font un contrepoids salutaire , sanslequel bien des gens auroient été entraînésdans l’habitude du vice , par un tempéra-ment qui se seroit fortifié tous les jours.Souvent la religion fait plier fous elle lenaturel le plus impérieux, & conduit peuà peu son heureux prosélyte à l’habitudede la vertu.
Les législateurs étoient si persuadés del’influence de la religion iur les bonnesmœurs, qu’ils ont tous mis à la tête desloix qu’ils ont faites, le dogme de la pro-vidence & d’un état futur. M. Bayle , lecoryphée des incrédules , en convienten termes exprès. “ Toutes les religions» du monde , dit-il, tant la vraie que les-- fausses, roulent fur ce grand pivot; qu’il» y a un juge invisible qui punit & qui» récompense après cette vie les actions de-- l'homme , tant intérieures qu'extérieu-» res : c'est de-là qu'on suppose que dé--- coule la principale utilité de la religionM. Bayle croit que futilité de ce dogmeest fi grande, que dans l’hypothese où lareligion eût été une invention politique ,ç’eût été, selon lui, le principal motif quil’auroit inventée.
Les poètes grecs les plus anciens, Musée,Orphée , Homere, Heíiode , ctc. qui ontdonné des systèmes de théologie & de re-ligion conformes aux idées & aux opinionspopulaires de leurs temps, ont tous établi
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le dogme des peines & des récompensesfutures comme un article fondamental. Tousleurs successeurs ont suivi le même plan ;tous ont rendu témoignage à ce dogmeimportant : on en peut voir la preuve dansles ouvrages d’Eschyle, de Sophocle, d’Eu-ripide & d’Aristophane, dont la professionétoit de perdre les mœurs de toutes les na-tions policées, grecques ou barbares ; &cette preuve se trouve perpétuée dans lesécrits de tous les historiens & de tous lesphilosophes.
Plutarque, remarquable par l’étendue deses connaissances, a fur cet objet un paslagedigne d’être rapporté. “ Jetez les yeux ,dit-il , dans son traité contre l’épicurienColorés, “ fur toute la face de la terre ;
» vous y pourrez trouver des villes fans« fortification, fans lettres, fans magistrats>> réguliers, fans habitations distinctes, fans» professions fixes, fans propriété , fans» usage des monnoies , & dans l’igno-» rance universelle des beaux arts : mais-- vous ne trouverez nulle part une ville,, fans connoislànce d’un dieu ou d’une,, religion , fans usage des vœux , des,, sermens, des oracles, fans sacrifices pour„ se procurer des biens, ou fans rits dé-,, précatoires pour détourner les mauxDans fa consolation à Apollonius il dé-clare que l’opinion que les hommes ver-tueux seront récompensés après leur mort,est si ancienne , qu’il n'a jamais pû en dé-couvrir ni fauteur , ni f origine. Cicéron& Seneque avoient déclaré la même choseavant lui. Sextus Empirions voulant détruirela démonstration de f existence de Dieu ,sondée sur le consentement universel detous les hommes, observe que ce genre d’ar-gument prouveroit trop , parce qu’il prou-veroit également la vérité de l’enser fabu-leux des poètes.
Quelque diversité qu’il y eût dans les opi-nions des philosophes, quels que fussentles principes de politique que suivît un his-torien , quelque système qu’un philosopheeût adopté ; la nécessité de ce dogme gé-néral , je veux dire des peines & des ré-compenses d’une autre vie, étoit un prin-cipe fixe & constant, qu’on ne s’avisoit pointde révoquer en doute. Le partisan du pou - 7voir arbitraire regardoit cette opinion
comme