BAL
On la fait passer successivement parces bacs pleins d’eau, afïn qu’elle se re-froidisse plus promptement. Après qu’ona enlevé lhuile, il reste dans la poelleun marc, des grillons , ou , pour parlerla langue de l'art, des crotons. On prendces crotons , & on les jette fur 'un gril-lage de bois, dont un des bouts portefur le massif de la chaudière, & Pautrebout à Pextrémité d’un long bac qui cor-respond à toute la longueur du grillage,& qui reçoit l’huile qui tombe des cro-tons qui s’égouttent fur le grillage.
Les Basques , dans le commencement,faifoient la pêche dans la mer Glaciale,& le long des côtes de Groënland, oùles baleines , qu’on appelle de grande baie ,lont plus longues & plus graslès que dansles autres mers: l’huile en est aussi pluspure, & les fanons de meilleure qualité',lui—tout plus polis , mais les navires ycourent de très-grands dangers, à causedes glaces qui viennent souvent s’y atta-cher , & les font périr fans ressource.Les Hollandois réprouvent tous les ansde la maniéré du monde la plus triste.
Les côtes de Groënland ayant insensible-ment rebuté les Basques, ils allerent faireleur pêche en pleine mer, vers Pile deFinlande , dans P endroit nommé Sarde ,& au milieu de plusieurs bas-fonds. Lesbaleines y font plus petites qu’en Groën-land , plus adroites, s’il est permis deparler ainsi d’un pareil animal, & plusdifficiles a harponner, parce qu’elles plon-gent alternativement , & reviennent fur1 eau. Les I asques encore rebutés, ontquitté ce parage , & ont établi leur
pêche dans le détroit de Davis , versl’île d Info o , souvent environnée dégla-cés , mais peu épaisses. Ils y ont trouvéles deux e'peces de baleines , connuesfous le nom de grandes baies & de farde.Voye ç la pêche des baleines , dans l’ou-vrage de M. Deílandes, que nous avonsdeja cité.
La pêche des baleines , que nous avonsapprise aux Hollandois, est devenue siconsidérable pour eux, qu’ils envoyeurtous les ans fur nos ports sept à huitmille barrils d’huile, & du savon à pro-portion.
BAL 261
Queîqu’utile que soit cette pêche , ils’est passé des siécles fans que les hommesayent oie la tenter. C’étoit, au tempsde Job , une entreprise qu’on regardoitcomme si fort au-dessus de leurs forces,que Job même fe sert de cet exemple> pour leur faire sentir leur foiblestè , encomparaison de la toute-puistànce divine.An extrahere poteris leviathan homo ,& fune ligabis linguam ejus ? Numquidpones circulum ìn naribus ejus , aut ar~mïllâ perforabis maxillam ejus ? Num-quid multiplicabit ad te preces , aut loque-tur tibi mollia ? Numquid faciet tecunipaclum , & accipies eum Jervum J'empi-ternum ? Numquid illudes ei quasi avi ,aut ligabis eum ancillis tuis ? Concidenteum arnici ? Dìvident ìllum negociato-res ? Numquid implebis sagenas pelleejus , & gurgufiium pifeium capite iltius ?Pone super eum rnanum tuam , mementobelli ; ne c ultra addas loqui. " Homme ,v enleveras-tu la baleine avec 1 hameçon,,, & lui lieras - tu la langue avec une» corde , lúi passeras-tu un anneau dans„ le nez, & lui perceras-tu la mâchoire,, avec le fer ? La réduiras-tu à la fup-„ plication & à la priere ? Fera-t-elle un» pacte avec toi, & fera - t - elle tonn esclave éternel ? Te joueras-tu d’elle» comme de Poifeau , & fervira-t-elje» d’amufement à ta servante ? tes amis» la couperont - ils par pieces, & tes» négociansla trafiqueront-ils par nror-„ ceaux ? Rempliras-tu ton filet de fa» peau , & de fa tête , le réservoir des» poislòns ? Mets ta main fur elle ;» fouviens-toi de la guerre , & ne parle» plus.
En vain les incrédules voudroient-ilsmettre en contradiction le discours deJob avec P expérience d’aujourd’hui : il estévident que l’écriture parlé ici d’aprésles notions populaires de ces temps là,comme Jofué quand il dit, arrite-toiSoleil. L’exemple du livre de Job estbien choisi ; montre parfaitement la har-diesse de la tentative des Basques, &prouve qu’une exactitude scrupuleuse &peu nécessaire dans des raifonnemensphysiques , nuirait souvent au sublime.
Les anciens ne disent autre choie des