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ainsi dire , en équilibre la balance de îajustice, & qu’il s’agit de l’incîiner du côtequi, naturellement, mérite le plus defaveur. C’est ce que les jurisconsultes ap-pellent causes ddimi , causes fréquentes,s’il saut les en croire , ce qui ne feroitpas l’éloge de nos loix.
II semble , quand la loi se tait, que lejuge devroit se taire, & recourir au lé-gislateur. II semble au moins que c’està la raison tranquille, & non pas à lapassion , de parler pour la loi qui n’estjamais passionnée ; mais l’équité naturellea aussi bien pour guide le sentiment que laraison ; & dans les cas où îa raison seulene peut décider du bon droit, on enappelle au sentiment, circonstance quidonne lieu à Véloquence pathétique. C’estainsi que dans la cause des peres Mathu-rins, Patru ayant rendu au moins dou-teuse la clause de l’acte qui faisoit leurtitre, & réduit les juges à ne savoir quepenser de la volonté du donateur, mita leurs pieds les malheureux captifs à larédemption defquels étoit destinée la mo-dique somme qu’on leur disputoit sur uneéquivoque de mots , & sit regarder lejugement qu’on alloit rendre comme de-vant jeter le désespoir ou porter la con-solation , l’espécance & la joie dans lescachots de Tunis & d’Alger, moyenforcé, mais légitime, dans un moment où ilétoit permis d’émouvoir la compassion.
On voir par-là que s’il est souvent ridi-cule , souvent honteux & criminel d’em-ployer au barreau l’éloquence des pas-sions , il est quelquefois juste & bon d’yavoir recours ; qu’il est du moins permisd’animer la raison , & de donner à lavérité cette chaleur pénétrante, sans la-quelle on ne feroit qu’effleurer des espritstrop indifférents. Nous Pavons dit, lesjuges font des hommes ; l’indifférencepersonnelle que l’équité demande , lesrend elle-même distraits, dissipés , sujetsà P ennui ; & lorsque pour les attacher,l’avocat ne fait qu’employer les mouve-ments naturels à ía cause , pourvu qu’ilse rende a lui-merne le témoignage biensincere que c’est la vérité qu’il veut per-suader , il peut la rendre intéressante ,sans pour cela s’exposer au reproche d’em-
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ployer la séduction. c« 5 i son ôte les pas-sions , dit Plutarque, en parlant de l’élo-quence , on trouvera que la raison enplusieurs choses, demeurera trop lâche& trop molle , fans action , ni plus nimoins qu’un vaisseau branlant en merquand le vent lui défaut.
Une des causes de la corruption de l’é-loquence du barreau , c’est que Paudienceest publique , & qu’il y a deux fortes dejuges ; le tribunal & les auditeurs. » Jcveux forcer , vous dit Pavocat, le tri-bunal à être juste > & mettre de mon côté,dans la balance , Popinion du public: or,c’est plutôt par sentiment que par raisonque le public se détermine ; il est doncde mon intérêt de Pémouvoir par defortes impressions. » Ainsi c’est par unjuge ivre & passionné que vous voulezentraîner l’autre ? Voilà réellement legrand danger de Paudience : mais si ellea cet inconvénient, elle a aussi son avan-tage; & ce roi de Macédoine, Antigène,l’avoit bien senti, lorsque son frere luiayant demandé de juger son procès à huisclos, il lui répondit : " non, jugeons aumilieu de la place, si nous voulons nefaire tort à personne. ,1 C’étoit avouer àla fois que le respect du public étoit unfrein pour le juge , & que le juge en avoitbesoin.
Pline le jeune , dans une de ses lettresà Corneille Tacite, examine cette ques-tion , si dans P éloquence du barreau , labrièveté est préférable à Pabondance , &il se déclare pour celle-ci. >5 II arrive ,dit-il, assez souvent, que Pabondancedes paroles ajòute une nouvelle force &comme un nouveau poids aux idéesqu’elles forment. Nos pensées entrentdans l’esprit des autres, comme le ferentre dans un corps solide : un seul coupne suffit pas, il faut redoubler. ,, Celajustifie en effet Pabondance mesurée ,mais non pas la profusion & Pintaristàhlerloquacité qui semble être aujourd’huiPattribut de l’éloquence du barreau. Osttire au volume , non pas pour la raisonqu’en donne Pline , qu’il en est. d'un borelivre comme de toute autre chose, plus iïestgrand, meilleur ilest) maisparce que lesplaideurs, dit-on , mesurent le prix. à