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pagne ; les objets du luxe ont prévalumême en Agriculture ; nous sommes par-venus à faire des boulingrins aussi beauxeue des tapis, & à élever des paliíïidesde décoration. Enfin nous connoiíïònsl’architecture des jardins, tandis que laméchanique du laboureur n’a presque faitaucuns progrès. Cependant les moyens demultiplier les plantes & de les faire croî-tre , semblent être à la portée de tous leshommes j & je ne doute pas qu’on ne pûtarriver en peu de temps à un haut degréde perfection , fi ceux qui font capablesd’inílruire les autres , daignoient s’en oc-cuper plus qu’ils ne le font.
11 paroît qu’il est plus difficile de pro-duire des changemens dans la nature desplantes , & de leur donner de meilleuresqualités qu’elles r.’en ont naturellement.On y est pourtant parvenu par le moyende la greffe & de la taille des arbres. Cetart est connu depuis long-temps ; & il a,pour ainíi dire , survécu à la plupart deses effets. Nous savons des anciens qu’ilsavoient le secret de tirer des semencesdu pommier & du poirier sauvages desfruits délicieux. Ces fruits ne font pasvenus jusqu’à nous : mais nous avons sufaire des pommes & des poires que nousne changerions pas pour celles des Ro-mains ; parce que nous avons semé, greffe,& taillé les arbres aussi-bien qu’eux. Cetart précieux est inépuisable dans ses pro-ductions. Combien ne nous reste-t-il pasd’expériences à faire , dont il peut résul-ter de nouveaux fruits qui seroient peut-être encore meilleurs que ceux que nousavons déja trouvés ? Ce que nous avonsfait pour les arbres & les arbrisseaux nepeut-il pas aussi se faire pour les autresplantes , sur-tout depuis que nous croyonssavoir comment s’opere leur génération ,en substituant aux pouíïìeres fécondantesd une plante , des poussières d’une autreelpece ? n’y auroit - il pas lieu d’efpérerqu elles produiroient dans le pistil de nou-veaux germes , dont nous pourrions tirerdes foi tes de mulets , comme nous enavons dans les animaux ; & q Ue ces mu-lets de plantes auroient de nouvelles pro-priétés , dont nous pourrions faire usage.Le nombre des variétés auxquelles la na-
ture peut íe prêter , est presque infini :c’est de ces variétés que nous avons tirénos meilleurs fruits. Si nos primes , nospêches , nos abricots , &c. ne font pasdes efpeces constantes, ce font au moinsdes productions préférables à la plupartdes efpeces constantes , & bien dignespar leur utilité d’occuper les Botanistes,qui semblent les dédaigner & en aban-donner le soin aux Jardiniers.
La transmigration des plantes n’est pasun des moindres objets de leur culture :en tirant de l’étranger une nouvelle planteutile , on s’approprie un nouveau bien quipeut devenir meilleur que ceux dont onjouistòit auparavant. Le plane , forme ,le marronier , le pêcher , l’abricotier , lerosier & tant d’autres , ont été transportésde pays fort éloignés , & ont été , pourainsi dire , naturalisés chez nous. La na-ture a favorisé la premiere tentative quel’on a faite pour leur transplantation :mais combien y a-t-il de plantes qui nousparoissent trop (silicates pour résister ànotre climat, & qui pourroient peut-êtrey vivre, si on les en approchoit par de-grés ; si au lieu de les transporter brus-quement d’un lieu chaud à un lieu froid »on les déposoit successvemenr dans desclimats de température moyenne , & si onleur donnoit le temps de se fortifier avantque de les exposer à la rigueur de noshivers ? II faudroit peut-être plusieurs gé-^ ra si° ns à la même plante dans chaquedepôt, & beaucoup d’industrie dans leurculture, pour les rendre plus robustes :mais quels avantages ne tirerait-on pasde toutes ces expériences , si on réussis-soit dans une feule ? Je fais qu’il n’est paspossible de suppléer à la chaleur du soleilpour les plantes qui font en plein air :mais on rapporte souvent au défaut dcchaleur ce qui ne dépend que du teirain ,& je crois qu’il est toujours possible de lerendre convenable à la plante que l’on veutcultiver.
Tous ces différons objets d’agriculturefont bien dignes d’occuper les hommes,& principalement ceux qui le font vouésà la Botanique : mais les propriétés desplantes nous touchent encore de plus près ,c’est le bien dont l’agriculture nous pré-