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mage. Une circonstance imprévue fit sa paixavec l’empereur. La frénésie des croisadesrégnois alors dans toute l’Europe : Frédéricavoit pris la croix ; il se préparoit à passeren Palestine, & craignoit que, pendantson absence , Canut ne se vengeât de tantd’hostilités accumulées,en s’emparant d’unepartie de l’empire : il rechercha donc sonalliance. Canut promit de ne point trou-bler le repos de l’Allemagne, jusqu’au re-tour de Barberoustè. Cette réponse tran-quillisa l’empereur. Mais, pour assurer en-core mieux le calme qui régnoit dans sesétats , il appuya , par ses ambassadeurs, lalettre que Clément III écrivoit à Canut. Lepontife invitoit le roi de Danemarck à ve-nir massacrer les Sarrasins qui neluiavoientfait aucun mal, pour venger un Dieu quiprioit pour ses ennemis en expirant fousleurs coups. L’enthoufiasme de la cheva-lerie prêtoit une nouvelle force aux con-seils du saint-pere. En effet, quelques sei-gneurs s’enrôlerent pour cette expédition.Les moines excitèrent les autres gentils-hommes à aller laver leurs péchés dans lesang des Sarrasins, & se firent donner, ouacheterent à vil prix , des terres que leursmains laborieuses rendirent très - fertiles.Mais l’exemple du sage Canut contint lereste de la noblesse. II opposa aux sollici-tations du pape une résistance très-sensée ;il aima mieux continuer paisiblement à ré-pandre le bonheur sur ses états, que d’alleravec les autres princes chrétiens, porterdans ceux de Saladin la terreur, la mort,& l’exemple de tous les crimes.
Canut auroit joui du calme le plus pro-fond , si son imprudence n’avoit pas confiéaux mains d’un prélat ambitieux le dépôt
dangereux d’une autorité passagère. Val-es emar etoit trop jeune encore pour gou-verner par lui-méme le duché de SIeswichL’évêque deSleswich, bâtard de Canut V,& qui portoit ausïi le nom de Valdemar\fil t donc chargé de tenir , jusqu’â la ma-jorité du prince, les rênes de I’administra-tion. II est peu de régens qui, dans le se-cret de leur ame, n’aient été tentés d’en-vahir le patrimoine de leur pupille. Le pré-lat Valdemar prétendit que, les bâtardsn’étant point exclus du trône par les loixfondamentales de la monarchie danoifç ,
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il devoir au moins la partager avec Canut.Ce prétexte éblouit les esprits avides denouveautés, & sur-tout cette classe cl’in-trigans, dont la fortune est fondée fur lesmalheurs de Tétât, & qui attendent desanglantes révolutions pour sortir du néant.Un parti fut bientôt formé : Valdemarpassa d’abord en Nonvege, où il prit letitre de roi, & se ligua avec Adolphe d’Aschaffembourg , comte de Holstein , en-nemi né de Canut, & tous les princes quedivers intérêts aniinoient contre ce prince.
L’armée des confédérés s’avança donc,en 1192, vers l’Eider. Canut, avare dusang des hommes, plus jaloux du bonheurde Ion peuple quç de fa propre gloire, fecontenta de garnir fa frontière, & ordonnaà ses généraux de fe tenir fur la défensive,sans engager aucune action. L’officier s’in-digna d’un ordre qui captivoit son cou-ra’ge ; le soldat murmura de ce qu’on luienlevois Tespoir d’un riche butin. Le Fa-bius du nord persista dans fa sage indo-lence; & Tévénement fit voir la justessede ses vues. La discorde s’alluma bientôtparmi des chefs de nations différentes, di-visés d’intéréts, & tous jaloux du com-mandement suprême : leurs finances s’épui-serent, les rigueurs de la saison ralentirentleur marche, & les retranchemens d u Da-nemarck l’arrêterent ; les soldats ennuyésde tenir la campagne fans combattre, fe li-cencièrent d’eux-mêmes ; le prélat déses-péré vint se jeter aux pieds de Canut , &tout le Danemarck rendit justice à son roi.
Adolphe fit fa paix ; Canut dicta les ar-ticles du traité ; mais le comte ne voulutpoint fe reconnoître vassal du prince Da-nois. La guerre fut donc rallumée en 119^ ;Adolphe se ligua avec Othon , & rem-porta quelques avantages. Canut marchacontre les confédérés ; mais les rigueurs dela saison ayant empêché les deux arméesde fe joindre, les Danois fe bornèrent àtenir la campagne , & les Allemands à laravager. L’année suivante, Canut couvritd’une armée nombreuse les bords de l’Ei-der ; Adolphe demanda la paix une secondefois, & Canut une seconde fois la lui a c-»corda.
Adolphe étoit vaincu , & non pas sou-mis. II tourna ses armes contre le duc de