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Tome sixième.
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C Á R

perfection qui soit au - desius de îa naturehumaine , il seroit absurde sans doute d’aí-íìgner un tel caractère à un simple hom-me. Mais pourquoi ne íeroit-il pas per-mis d’attribuer à un personnage la plusliante perfection que f humanité comporte ?La crainte qu’un tel caractère ne tût pasassez intéreíïànt, parce qu’il empêcheroitle jeu des passions, n’est rien moins quebien fondée. Supposons qu’un poëte choi-íìlîe la mort de Socrate pour le sujet deson drame, s’il ne veut pas s’écarter de lavérité historique, il ne prêtera à Socrate ,clans toute faction , aucune foiblesse hu-maine ; puifqu’en effet ce philosophe n’enmontra point. Mais la perfection de ce ca-ractère ne nuira pas à l’intérêt ; on peuts’en convaincre par l’efpece de drame quePlaton & Xénophon nous ont transmisfur cet événement. Personne qui a des en-trailles n’en peut soutenir la lecture, sansêtre vivement touché. On ne volt doncpoint par quelles raisons des caractèresparfaitement vertueux ne pourroient pasintéreílèr. II ne faut p is fans doute les com-poser à plaisir : la perfection doit être l’ef-fet de causes qui existent dans l’hommemême. II faut qu’on puisse voir de quelsprincipes, de quelles forces de l’ame cetteperfection tire son origine. Plutarque rap-porte dans la vie de Marc-Antoine, diverstraits de grandeur d’ame & de jugement,qui semblent si peu résulter du caractèred’Antoine, qu’on n’en conçoit point lapossibilité. Ces faits peuvent être vrais ;mais on ne conseilleroit pas à un poëte deles narrer auíïï ornement que Plutarque1 a fait : il faudroit premièrement avoirprésenté Antoine fous une face qui pûtrendre intelligible la compatibilité de cesgrands traits , avec le méprisable carac-tère de ce Romain. Par la même raison,quand le poëte voudra introduire un ca-ractère parfait, il doit le rendre vraisem-blable, en déterminant les causes prochai-nes de fa possibilité. On ne l’en croiroitpas fur une simple possibilité métaphyli-que, & Ion héios n intereííeroit plusOn seroit tenté de croire que l’épopéeot le drame n ont ete imaginés que dans lavue d’expossir au grand jour l es caractèresces hommes. 11 semble au moins qu’on ne

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pouvoir rien inventer de plus propre à cebut. II s’en faut beaucoup que l’hiílorienait à cet égard la même facilité que lepoëte , de mettre ses lecteurs à portéed’entendre par eux - mêmes chaque dis-cours , & d’être témoins de chaque cir-constance d’un événement. L’épopée sur-tout a l’avantage de pouvoir, par la mul-tiplicité des situations , développer par-faitement les caractères, & de conduireíes personnages au dénouement de fac-tion :

Per varios casus , per tot discriminarerum.

Iln’y a que deux maniérés de tracer descaractère#* L’une qui est la plus directe ,c’est d’en faire une description immédiate,comme f historien Salluste l’a fait : f autremaniéré consiste à peindre indirectementles caractères par les actions, les discours,les gestes, & les diverses situations des per-sonnages. C’est la maniéré qui est propre àla poésie, & qui a un avantage bien décidéfur la premiere. Celle-là ne nous donnequ’une description abstraite d’une choseque nous ne voyons point : celle-ci nousmet la chose elle-même sous les yeux ,avec toutes ses déterminations individuel-les , & substitue ainsi le sentiment réel à lasimple réflexion. Elle nous fait connoîtreles hommes comme si nous avions vécude leur teins, & avec eux.

On convient aíTêz généralement qu Ho-mère surpassé tous les poètes épiques dansfart de développer exactement le carac-tère de fês personnages. II est même a pré-sumer qii’aucun poëte moderne , fût-ildoué du même génie , ne pourroit Réga-ler à cet égard. Dans les tems du pere dela poésie, les hommes agiílbient avec plusde liberté ; ils exprimoient chaque pensée ,chaque sentiment, avec moins de réservequ’on ne le fait aujourd’hui. Non-seule-ment nous nous sentons retenus par di-verses especes d’entraves qui empêchentl’esprit de prendre un libre eííòr, noussommes encore affaissés fous le poids dela mode ; nous n’osons nous montrer ouparler, ou agir , que fur un ton de con-vention , dont nous souffrons que d’autresnous imposent la loi. II est bien peu d’hom-