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Tome sixième.
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mes libres qui n’agistcnt que d’après leurléntiment propre , & cjni aient le couragede ne prendre pour réglé, que leurs lu-mières & leur sens. Comment connoîtrel’homme de la nature & l’étendue de sesforces, dans un être resserré de tous lescôtés ?

Les peintres & les sculpteurs , qui fontégalement appellés à dessiner le caractère ,doivent sur-tout ressentir cette difficulté.Leur premiere étude seroit d’observer lanature ; & cette nature n’ose plus fe mon-trer dans les meilleures sociétés : là unhomme dévoré de chagrin , doit affecterun air de contentement : là il est indécentde manifester au-dehors ce q «don sent aufond du cœur. Dans l’ancîennoNjrece, oùchaque citoyen fe permettoit de paroîtretel qu’il étoit, où nul autre ne lui servoitde modelé, il étoit aisé au dessinateur delire chaque sentiment sur les visages &dans les gestes. Si les ouvrages des moder-nes n’ont plus dans ce genre la belle ex-prestìon qu’on admire dans les antiques ,c’est à cela fans doute, plutôt qu’à uneinfériorité de génie , qu’il faut l’attribuer :c’est auffi la raison pourquoi les théâtresfrançois & allemands n’offrent presqifériende vraiment original, ni dans les carac-tères , ni dans la maniéré de les rendre. Sila choie est moins rare fur le théâtre an-glois, c’est que l’Anglois fe gêne en effetmoins qu’aucune autre nation moderne ,& qu’il a moins de respect pour les usagesreçus & pour les étiquettes établies. ( Cetarticle ejì tire' de la Théorie générale deslìeaux-Arts, par M . SulzeR■ )

Caractère dans les personnages,qu’un poste dramatique introduit fur lascene , est l’inclination ou la pastion domi-nante qut éclate dans toutes les démarches& les discours de ces personnages , qui estle principe & le premier mobile de tontesleurs actions ; par exemple , l’ambitiondans César, la jalousie dans Hermione,la probité dans Burrhus , l’avarice dansHarpagon, l’hypocrisie dans Tartufe, &c.

Les caractères en général font les incli-nations des hommes considérés par rapportà leurs passions. Mais comme parmi cespassions il en est qui font en quelque forte-trachées à l’humanité, & d’autres qui

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varient selon les tems & les lieux, ou lesusages propres à chaque nation , il fautaussi distinguer des caractères généraux ,& des caractères particuliers.

Dans tous les siécles & dans toutes lesnations, on trouvera des princes ambi-tieux qui préfèrent la gloire à l’amour ;des monarques à qui l’amour a fait négligerle foin de leur gloire ; des héroïnes dis-tinguées par la grandeur d’ame, telles queCornélie , Andromaque ; & des femmesdominées par la cruauté & la vengeance ,comme Athalie & Cléopâtre dans Rodo-gune ; des ministres fideles & vertueux ,& de lâches flatteurs : de même dans lavie commune qui est l’objet de la comédie,on rencontre par-tout & en tout tems dejeunes gens étourdis & libertins, des valetsfourbes & menteurs, des vieillards avares& fâcheux, des riches infolens & superbes.Voilà ce qu’on appelle caractères généraux.

Mais parce qu’en conséquence des usagesétablis dans la société, ces caractères ne feproduisent pas fous les mêmes formes danstous les pays, & qu’une passion qui est lamême en soi, varie d’un siecle à l’autre,n’agit pas aujourd’hui comme elle faisoitil y a deux ou trois mille ans chez lesGrecs & chez les Romains, où les erre-mens étoient compassés fur leurs usages,& que dans le même siecle elle n’agit pasà Londres comme à Rome, ni à Pariscomme à Madrid ; il en résulte des carac-tères particuliers , communs toutefois àchaque nation.

Enfin, parce que dans une même nationles usages varient encore non-leulementde la ville à la cour, d’une ville à une autreville , mais même d’une société à uneautre, d’un homme à un autre homme ;il en naît une troisième espece de carac-tère, auquel on donne proprement ce nom,& qui dominant dans une piece de théâtre,en fait ce que nous appelions une piece decaractère , genre dont M. Riccoboni attri-bue l’invention aux François : tels font leMisantrope , le Joueur , le Glorieux, &s-

II faut de plus observer qu’il y a certainsridicules attachés à un climat, à un tems,qui dans d’autres climats & dans d’autrestems ne formeroient plus un caractère.Tels font les Précieuses ridicules, &