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Tome sixième.
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les Femmes savantes , de Molière , quin’ont plus en France le même tel que dansleur nouveauté, & qui n’auroient aucunsuccès en Angleterre , où les singularitésque frondent ces pieces, n’ont jamais do-miné.

Le caractère dans ce dernier sens n’estdonc autre chose qu’une passion domi-nante , qui occupe tout à la fois le cceur& l'esprit; comme l’ambition , l’amour,la vengeance, dans le tragique; l’avarice ,la vanité , la jalousie , la paflion du jeu ,dans le comique. On peut^ncore diíliji'-guer les caractères Jimples & dominans ,tels que ceux que nous venons de nommer ,d’avec les caractères accessoires , qui leurfont comme subordonnés. Ainsi l’ambitionçíl soupçonneuse , inquiété , inconstantedans ses attachemens, qu’elle noue ourompt selon ses vues ; l’amour est vif, im-pétueux , jaloux , quelquefois cruel ; lavengeance a pour compagnes la perfidie ,la duplicité , la colere & la cruauté : demême la défiance & la lésine accompagnentordinairement l’avarice: la paillon du jeuentraîne après elle la prodigalité dans labonne fortune, l’humeur & la brusqueriedans les revers : la jalousie ne marche guerefans la colere, l’impatience, les outrages ;& la vanité est fondée fur le mensonge ,le dédain , & la fatuité. Si le caractèresimple & principal est suffisant pour con-duire l’intrigue & remplir faction , il n’estpas besoin de recourir aux caractères ac-cessoires : mais si ces derniers font natu-rellement liés an caractère principal, onr.e fauroit les en détacher fans l’estropier.

M. Riccoboni , dans ses Observationsfar la comedie , prétend que la maniéréde bien traiter le caractère , est de ne luien opposer aucun autre qui soit capablede partager l’intérêt & l’attention du spec-tateur. Mais rien n’empêche qu’on nefaste contraster les caractères ; & c’est ceqt,'observent les bons auteurs : par exem-ple , dans Biitanmcus } la probité deBurrhus est en opposition avec la scélé-rateste de Narcisse, & la crédule confiancede Britannicus a\ ec la dissimulation deNéron.

Le même auteur observe qu’on peutdistinguer les puces de caracuçe des co~

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me'dies de caractère mixte , & par celles-ci il entend celles où le poète peut faservir d’un caractère principal, & îuiasto-cier d’autres caractères subalternes : c’eílainsi qu’au caractère du Mií’antrope, quifait le caractère dominant de fa fable, Mo-lière a ajouté celui de Célimene, coquette,médisante , & ceux des petits-maîcres, quine servent tous qu’à mettre plus en évi-dence le caractère du Misantrope. Le poètepeut encore joindre ensemble plusieurs ca-ractères , soit principaux, soit accessoires yfans donner à aucun d'eux assez de forcepour le faire dominer fur les autres ; telssont V Ecole des maris,Y Ecole des femmes ,& quelques autres comédies de Molière.

’ C’est une question de savoir si l’on peut& si son doit, dans le comique , chargerles caractères pour les rendre plus ridicu-les. D’un côte, il est certain cju’un auteurne doit jamais s’écarter de la nature, ni Jafaire grimacer : d’un aurre côté, il n’estpas moins évident que dans une comédieon doit peindre le ridicule, & même for-tement : or il semble qu’on n’y fauroitmieux réussir quen rassemblant le plusgrand nombre de traits propres à le taireconnQÎtre , & par conséquent qu’il cilpermis de charger les caractères. 11 y aen ce genre deux extrémités vicieuses, £>cMolière a connu mieux que personne lepoint de perfection qui tient le milieuentr’elles: les caractères ne font ni sisimples queccux des anciens , ni si chargesque ceux de nos contemporains. La simpli-cité des premiers, qui n’est point un df-íàut en foi , n’auroit cependant pas étégoût du siecle de Molière : mais l’áffc^laétion des modernes, qui va jufqu’à choqué»la vraisemblance, est encore plus vicíéuse.Qu’on caractérise les passions fortement, àla bonne heure; mais il n’est jamais permisde les outrer.

Enfin une qualité essentielle au carac-tère , c’est qu’il se soutienne ; & le poèteest d’autanr plus obligé «'observer cetteréglé, que dans le tragiqte ses caractèresfont, pour ainsi dire , tous donnés par lafable ou l’histoire»

Aut satnam sequere , aut sibi ccnve-nUntia singe. HOit\