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présent & le pastë font îes prémices : elîeest donc appuyée fur des faits. Je ne doispoint insister davantage sur une vérité quetout le monde avoue ; je m’attache uni-quement à fixer aux incrédules ces marquesqui caractérisent un fait vrai ; je dois leurfaire voir qu’il y en a non-feulement pourceux qui arrivent de nos jours , & , pourainsi dire , fous nos yeux ; mais encorepour ceux qui se pastent dans des paystrès-éloignés, ou qui par leur antiquité,traversent l’efpace immense des siécles :voilà le tribunal que nous cherchons, &qui doit décider fur tous les faits que nousprésenterons.
Les faits se pastent à la vue d’une oude plusieurs personnes : ce qui est à l’ex-térieur, & qui frappe les sens, appartientau fait : les conséquences qu’on en peuttirer font du restort du philosophe qui lesuppose certain. Les yeux font pour lestémoins oculaires,des juges irréprochables,dont on ne manque jamais do suivre ladécision : mais si les faits se passent àmille lieues de nous, ou si ce font desévénemens arrivés il y a plusieurs siécles,de quels moyens nous scrvirons-nous poury atteindre ? D’un côté , parce qu’ils netiennent à aucune vérité nécessaire , ils sedérobent à notre esprit ; & de l’autre,soit qu’iís n'existent plus, ou qu’ils arriventdans des contrées fort éloignées de nous,ils échappent à nos sens.
Quatre choses se présentent à nous ; ladéposition des témoins oculaires ou con-temporains , la tradition orale, l’histoire,& les monumens. Les témoins oculairesou contemporains parlent dans l’histoire ;la tradition orale doit nous faire remonterjufqu’à eux ; & les monumens enchaînent!,s’il est permis de parler ainsi, leur témoi-gnage. Ce sont les fondemens inébranla-bles de* la certitude murale par-là nouspouvons rapprocher les objets les plus éloi-gnés , peindre & donner une espece decorps à ce qui n’est plus visible, réaliserenfin ce qui n’exiíle plus.
On doit distinguer soigneusement dansla recherche de la vérité fur les faits, laprobabilité d’avec le souverain degré de lacertitude , & ne pas s’imaginer en igno-rant , que celui qui renferme la probabilité
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dans fa sphère, conduise ail pyrrhonisme,ou méme donne la plus légere atteinte àla certitude. J’ai toujours cru, après unemûre réflexion, que ces deux choses étoienttellement séparées, que Tune ne menoitpoint à Pautre. Si certains auteurs n’avoienttravaillé fur cette matière qu’après y avoirbien réfléchi , ils n’aur'oient pas, dégradépar leurs calculs la certitude morale. Letémoignage des hommes est la feule sourced’où naissent les preuves pour les faitséloignés ; les difíerens rapports d’aprèslesquels vous le considérez, vous donnentou la probabilité ou la certitude. Si vousexaminez le témoin en particulier pourvous astìirer de fa probité , le fait ne vousdeviendra que probable , & si vous lecombinez avec plusieurs autres, avec les-quels vous le trouviez d’acsord , vous par-viendrez bientôt à la certitude. Vous meproposez à croire un fait éclatant & in-téressant ; vous avez plusieurs témoins quidéposent en fa faveur ; vous me parlez deleur probité & de leur sincérité ; vous cher-chez à descendre dans leurs cœurs, poury voir à découvert les mouvemens qui lesagitent ; j’approuve cet examen : maissi j’assurois avec vous quelque choie furce seul fondement , je craindrois quece ne fût plutôt une conjecture de monesprit , qu’une découverte réelle. Je necrois point qu’on doive appuyer une dé-monstration fur la feule connoissance ducœur de tel & tel homme en particulier :j’ose dire qu’il est impossible de prouverd’une démonstration morale qui puisseéquivaloir à la certitude métaphysique, queCaton eut la probité que son siecle & lapostérité lui accordent. Sa réputation estun fait qu’on peut démontrer ; mais fur fa ^probité , il faut, malgré nous, nous livrerà nos conjectures , parce que n’étant quedans l’intérieur de son cœur , elle suit nossens, & nos regards ne sauroient y atteindre.Tant qu un homme lera enveloppé dantla sphere de l’humanitéquelque véridiquequ il ait été dans tout le cours de f» vie,il ne fera que probable qu’il ne m en im-pose point fur le fait q»H rapporte. Letableau de Caton ne vous présente <1 onc rienqui puisse vous fixer avec une entiere cer-titude. Mais jetez les yeux, s 11 m est per-