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Tome sixième.
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sur plusieurs ligues collatérales qui com-menceront au fait même, & qu’il le trouvepourtant faux.

Vous avez raison, dit M. Craig;il estimpossible qu’on ne connoistè la vérité decertains faits, dès qu’on est voisin des terrisoù ils font arrivés ; les caractères dont ilsfont empreints, font si frappans & si-clairs,qu’on ne sauroit s’y méprendre. Mais ladurée des tems obscurcit & efface, pourainsi dire, ces caractères-: les faits les mieuxconstatés dans certains tems, se trouventdans la fu : te réduits au niveau de l'impos-ture & du mensonge ; & cela parce que laforce des témoignages va toujours en dé-croissant; eníorte que le plus haut degréde certitude est produit par la vue mêmedes faits ; le fécond, par le rapport de ceuxqui les ont vus ; le troisième, par la simpledéposition de ceux qui les ont feulementoui raconter aux témoins des témoins ; &ainsi de fuite à l’infini.

Les faits de César & d’Alexandre suffi-sent pour démontrer la vanité des calculs dugéomètre Anglois : car nous sommes aussiconvaincus actuellement de l’existence deces deux grands capitaines, qu’on l’étoit,11 y a quatre cents ans ; & la raison en estbien simple, c’est que nous avons les mêmespreuves de ces faits qu’on avoiten ce tems-là. La succession qui íe fait dans les diffé-rentes générations de tous les siécles , res-semble à celle du corps humain, qui pos-sédé toujours la même eíiènce, la mêmeforme, quoique la matière qui le composéà chaque instant íe dissipe en partie, & àchaque instant soit renouvellée par celle quiprend sa place. Un homme est toujours untel homme, quelque renouvellement im-perceptible qui se lòit fait dans la substancede son t orps, parce qu’il n’éprouve pointtout à la foisdechangement total : de mêmeles différentes générations qui se succèdentdoivent être regardées comme étant les mê-mes , parce que le pastàge des unes aux au-tres est imp-ercepíiole. C’est toujours la mê-me société d’hommes qui conserve la mé-moire de certains faits, comme un hommeest aussi certain dans fa vieillesse de ce qu ila vu d’éclatant dans fa jeunesse, qu’il l’étoitdeux ou trois ans après cette action. Ainsiil n’y a pas plus de différence entre les hom-

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mes qui forment la société de te! & tel tems pqu’il n’y en a entre une personne âgée devingt ans, & cette même personne âgée desoixante : par conséquent le témoignage desdifférentes générations est aussi digne defoi, & ne perd pas plus de fa force, quecelui d’un homme qui à vingt ans racon-teroit un fait qu’il vient de voir, & à soi-xante , le même fait qu’il auroit vu quaranteans auparavant. Si fauteur Anglois avoitvoulu dire seulement que l’impression quefait un événement sur les esprits, est d’au-tant plus vive &c plus profonde que le faitest plus récent, il n’auroit rien dit que detrês-vrai. Qui ne fait qu’on est bien moinstouché de ce qui sc paííé en récit, que dece qui est expolé fur la lcene aux yeux desspectateurs ? L’homme que son imaginationservira le mieux á aider les acteurs, à letromper fur la réalité de faction qu’on luireprésente, fera le plus touché & le plusvivement ému. La sanglante journée de laSaint-Barthélemy, ainsi que l’allaflinat d’unde nos meilleurs rois, ne fait pas à beau-coup prés fur nous la même impressionque ces deux événemens en firent autre-fois fur nos ancêtres. Tout ce qui n’est que.de sentiment paílb avec l’objet qui l’excite j5c s’il lui survit, c’est toujours en s’affoi-blistant, jufqu’â ce qu’il vienne à s’épuifertout entier : mais pour la conviction quinaît de la force des preuves, elle subsisteuniversellement. Un lait bien prouvé pastèà travers l’espace immense des siécles, sansque la conviction perde l’empire qu’dle afur notre esprit, quelque décroillémentqu’il éprouve dans l’impression qu’il lait furle cœur. Nous sommes en effet aussi certainsdu meurtre de Henri le Grand, que Tétoientceux quivivoient dans ce tems-là ;maisnousn’en sommes pas si touchés.

Ce que nous venons de dire en faveur dela tradition, ne doit point nous empêcherd’avouer que nous saurions fort peu de faits,si nous n’étions instruits que par elle ; parceque cette efpece de tradition ne peut êtreíidelle dépositaire, que lorsqu’un événe-ment est alsez important pour faire dansl’elprit de profondes impressions, & qu’ilest a'ièz íìmpie pour s’y conserver aisément :ce n’est pas .que fur un fait chargé de cir-constances, Sc d’ ailleurs peu intérçu«nt,