240 C H A
& de maniéré à rendre les mots aisés àprononcer & à entendre. (S)
“ M. de Marmontel a joint des détails» aux observations de M. Rousseau de» Gencve , que nous venons de lire. »De tous les peuples de l'Europe, le Fran-çois est celui dont le naturel est le plusporté à ce genre léger de poésie. La galan-terie , le goût de la table, la gaieté, la vi-vacité brillante de sim humeur Sc de soncaractère, ont produit des chansons ingé-nieuses dans tous les genres.
A propos de l’ode & du dithyrambe, j’aiparlé de nos chansons à boire, & j'en aicité des exemples ; en voici encore un del’enthousiasme bachique. Le poëte s’adresseau vin ;
Non, il n’est rien dans VuniversQui ne te rende hommage ,
Jusqu’à la glace des hyvers ,
Tout sert à ton usage.
La terre sait de te nourrirSa principale gloire ;
Le soleil luit pour te mûrir ;
Nous naissons pour te boire.
Mais, comme parmi nous le vin n'estpas ennemi de l'amour, il est rare que lachanson bachique ne íoit pas en mêmerems galante ; &, à l'exemple d'Anacréon,nos buveurs se couronnent de myrtes &de pampres entrelacés. L'un dit dans fachanson :
En vain je bois pour calmer mes alarmes ,
Et pour chasser Vamour qui m* a surpris ;
Ce font des armesPour mon Iris,
Le vin méfait oublier ses mépris,
Et m’entretient feulement de ses charmes.
Un autre.
J’ai passé la saison de plaire ,
II saut renoncer aux amours :
Tendres plaisirs qui faites les beaux jours ,Vous seuls rendes heureux, mais vous nedure ^ guere.
Bacchus , de mes regrets ne fois point encourroux ;
Regarde l’amour qui s'envole.
Quel triomphe pour toi , fi ton jus me consoleDe la perte d’un bien si doux!
C H A
Un autre plus passionné.
Venge-moi d’une ingrate maîtresse,
Dieu du vin, j’implore ton ivresse;
Un amant se sauve entre tes bras.Hâtes-toi , j’aime encor , le tems presse :C’en esl sait , ji je vois ses appas.
Que d’attraits ! ó Dieux ! qu’elle ètoit belle !■ Vole , Amour, vole après elle ,
Et ramene avec toi l’infidelle.
I C'est, en général, la philosophie d’Ana-creon renouvellée & mise en chant.
L amour du vin & de la table est com-mun à tous les états. C'est donc quelque-fois les moeurs Sc le langage du peuple dela ville ou de la campagne, qu'011 a imitésdans les chansons à boire, comme danscelle-ci :
Parbleu, coufin, je fuis en grand souci!Catin me dit que j’aime tant à boire ,Qu’elle a bien de la peine à croireQue je puisse l’aimer aussi;
Qu’il saut choisir du vin ou d’elle.Comment sortir d’un fi grand embarras ?Déjà le vin je ne le quitte pas ,
Et la quitter ! elle efi , ma foi, trop belle.
Dufresni en a fait une, où un buveurs'enivre en pleurant la mort de sii femme.Le ion des bouteilles & des verres lui rap-pelle celui des cloches. Hclas ! dit-il à lesamis :
II me souvient toujours qu’kìer tna femme est
morte.
Le tems n’affaiblit point une douleur fi forte ;Elle redouble à ce lugubre son ;bin, bon. _
Voudrie[-vous de ce jambon ?
II est bin bon, Scc.
Dans une chanson du même genre, uftbuveur ivre, en rentrant chez lui, croitvoir fa femme double, & il s'écrie : ó ciel !
Jen’avois qu’une femme , & j’étois malheu~reux :
Par quel forfait épouvantableAi-je donc mérité que vous m’en donniezdeux ?
La chanson n’a point de caractère fixe, maiselle prend tour-à-tour celui del'épigramme,
du