244 C H A
sur leurs poésies, on ne peut pas révoqueren doute cette vérité. Voye^ Opéra. C’estdonc au propre qu'il faut prendre cequ'Homere, Hésiode, 6’c., ont dit au com-mencement de leurs poèmes. L’un invitefa mule à chanter la fureur d'Achille ; l’autreva chanter les muses elies-mêmes, parceque leurs ouvrages n'étoient fûts que pourêtre chantés. Cette expression n'est devenuefigure que chez les Latins , & depuis parminous.
En effet, les Latins ne chantèrent pointleurs poésies ; à la réserve de quelques odes& de leurs tragédies, tout le reste fut récité.César difoit à un poète de son tems quilui saifoit la lecture de quelqu'un de sesouvrages : Vous chante ^ mal Ji vous prétendeschanter ; & Ji vous prétendes lire , vous lise{mal , vous chante
Les inflexions de la voix des animauxfont un vrai chant formé de tons divers,d'intervalles, &c. ; & il est plus ou moinsmélodieux, selon le plus ou le moinsd'agrément que la nature a donné à leurorgane. Au rapport de Juan ChristovalCalvette (qui a fait une relation du voyagede Philippe II, roi d’Efpagne, de Ma-drid à Bruxelles, qu'on va traduire ici motà mot ), dans une procession solennelle quise fit dans cette capitale des Pays-Bas enl'année 1549, pendant l’octave de l'Aícen-íion, fur les pas de l’archange S. Michel,couvert d'armes brillantes , portant d'unemain une épée, & une balance de l'autre,marchoit un chariot fur lequel on voyoitun ours qui touchoit un orgue : il n'étoitpoint composé de tuyaux comme tous lesautres, mais de plusieurs chats enfermésséparément dans des caisses étroites, danslesquelles ils ne pouvoient fe remuer : leursqueues sortoient en-haut, elles étoient liéespar des cordons attachés au registre ; ainsi,à mesure que Tours pressoir les touches, ilsaifoit lever ces cordons, tiroir les queuesdes chats, & leur saifoit miauler des tail-les , des dessus & des baffes, selon les airsqu'il vouloir exécuter. L'arrangement étoitfait de maniéré qu'il n'y eut point un fauxton dans Texécution : y hajien cousus aullidosaltos y baxos una mufica ben entonada , cheera cofa nueva y tnucho de ver . Des singes,des ours, des loups, des cerfs, &c., dan-
C H A
soient sur un théâtre porté dans un char auson de Cet orgue bi fan e : una gratiofa dansade monos , ojsos , lobos , ciervos , y otros ani-males salvajes dançando delaute y detras deuna granjaula che en un carro tirava unquartago. Voye\ Danse.
On a entendu de nos jours un chœurrrès-harmonieux, qui peint le coassementdes grenouilles, & une imitation des didé-tens cris des oiseaux à Tafpect de Toiíeau deproie, qui forme dans Platée un morceaude musique du plus grand genre. VoyerBallet & Opéra.
Le chant naturel variant, dans chaquenation, selon les divers caractères des peu-ples & la température différente des cli-mats, il étoit indispensable que le chantmusical, dont on a fait un art long-temsaprès que les langues ont été trouvées,suivît ces mêmes différences ; d’autantmieux que les mots qui forment ces mêmeslangues, n'étant que Texpression des sensa-tions , ont dù nécessairement être plus oumoins forts , doux , lourds, légers, &c .,félon que les peuples qui les ont formésont été diversement affectés, & que leursorganes ont été plus ou moins déliés,roides ou flexibles. En partant de ce point,qui paroît incontestable, il est aisé de con-cilier les différences qu'on trouve dans lamusique vocale des diverses nations. Ainsidisputer sur cet article, &c prétendre, parexemple, que le chant italien n’est pointdans fa nature, parce que plusieurs traitsde ce chant paraissent étrangers à Toreiile ;c’est comme si Ton difoit que la langueitalienne n’est point dans la nature , ouqu’un Italien a tort de parler fa langue.Voye ^ Chantre, Exécution, Opéra.
Les instrumens, d’ailleurs, n’ayant étéinventés que pour imiter les sons de lavoix , il s’enfuit aussi que la musique ins-trumentale des différentes nations doit avoirneceflàirement quelque air du pays où elleest composée : mais il en est de cette eípecede production de l'art, comme de toutesles autres de la nature. Une vraiment bellefemme, de quelque nation qu'elle soit, ledoit paraître dans tous les pays où elle fetrouve ; parce que les belles proportions nefont point arbitraires. Un concerto bienharmonieux d’un excellent maître d’Italie,