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Tome huitième.
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pagna dans fa pompe triomphale. On fit ledénombrement des citoyens Romains, quife trouva monter à près de neuf millions. Lenombre des sénateurs étoit extrêmement di-minué. Les proscriptions avoient éteint lesplus illustres familles, Sc son ne voyoit pres-que plus aucun des descendans de ceux queRomulus & Brutus avoient créés. Il en re-trancha un grand nombre, dont la vénalité& les moeurs étoient décriées ; Sc ce vuidefut rempli par des hommes d’une probitééprouvée. Ce fut en reconnoistance de cebienfait, que le consul Vipsanius proposa delui déférer le titre de pere de la patrie : maisClaudìus l’ayant repris de flatterie, fut afíezmodeste pour rejeter ce nom. Meflaline don-noit au milieu de Rome le scandale de laprostitution : sans frein Sc sans pudeur dansíès impudicités , elle varioit fans cesse íèsdébauches pour empêcher ses désirs de dé-teindre. Elle profita d’un voyage de sonmari à Ostie pour se marier avec Silius, che-valier Romain. Ce mariage effronté s’ac-complit avec la plus grande pompe. On con-sulta les arufpices, on offrit des sacrifices,on fit un banquet somptueux; & les deuxnouveaux époux furent conduits avec céré- ’monie dans la couche nuptiale. Claudìus ,instruit de ce scandale, fut dans la nécessitéde le punir. Meflaline ne put fe dissimuler ledanger qui la menaçoit. Elle apprit le retourde Claudìus dans le temps qu elle célébrait lafête des vendanges , suivie d’une troupe debacchantes couvertes de peaux de tigres Scde panthères. Elle paroisiòit au milieu decette troupe, le cothurne aux pies, lethiríèà la main, Sc à íès côtés Silius, entortilléde lierre Sc bondissant avec des ménades.Des ruiflèaux de vin couloient de tous côtés,& l’ivresse du vin Sc de la joie étoit générale.Meflaline voyant fondre fur elle la tempêtedu côté d’Ostie, fe retira dans les jardins deLucullus , s e flattant de fléchir, par seslarmes Sc de feintes careííès , un épouxqu’elle avoir tant de sois outragé. Elle em-ploya le ministère de la plus ancienne desvestales. Elle lui confia fe$ enfuis, Sc k priade les conduire à leur pere. Elle traversaRome íàns avoir d autre escorte que la po-pulace , qui l’accabla de son mépris. Claudìusrésilia de la voir Sc de l’entendre. Il f e ren-dit au camp, où les soldats demanderent la,

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punition des coupables. Tous ceux qui étoientattachés à Meflaline, furent condamnés à lamort. Silius, son amant adultéré » sollicitason supplice, Sc il sot exécuté le premier.Tant de sang répandu scmbloit avoir satis-fait le stupide Claudìus ; Meflaline ne ceflòitde lui écrire, tantôt avec tendresse Sc tantôtavec menace. Narciflè , qui prévoyois íaruine, s’ilnela prévenoit, détermina Clau-dìus à consentir à sa mort. Il s avance à latête de ses satellites vers les.jardins de Lucul-lus : à leur vue, Meflaline effarée fe saisitd’un poignard pour s’en frapper ; mais íàmain tremblante fut fans force ; & pendantquelle hésite, un tribun lui plongea son épéedans le corps. Sa mere, qu elle avoir dédai-gnée dans ía grandeur, fut à ses côtés juíqu’àce quelle eût rendu le dernier soupir, Sc cefut elle qui prit soin de sa sépulture. Claudìusen reçut la nouvelle à table , sans donneraucune marque de joie ni de tristesse. Il vitavec la même indifférence , ses enfans pleu-rer leur mere , Sc ses accusateurs s’en réjouir.

Après la mort de Meflaline, toutes lesbeautés de Rome briguèrent l’honneur de laremplacer dans son lit. Ce n’étoit point levœu de l’amour, toutes n’écoutoient quel’ambition. A grippine fut préférée; & commeelle étoit nièce de l’empereur , cette unionparut incestueuse. Claudìus , fier de s’être éle-vé au-dessus des loix , fe rendit au sénat, oùces sortes de mariages furent amodies. Rome,depuis ce moment, devint l’efclave d’unefemme aussi ambitieuse qu’impudique , quifit plier les hommes & les loix sous íès volon-tés. Quelques actions de clémence lui conci-lièrent d’abord l’affection des Romains. Sé-neque, rappellé de son exil pour lui confierl’éducation de Néron, fut revêtu de la pré-ture. Elle se servit de son esprit pour applanirles obstacles qui sembloient éloigner son filsde l’empire. Cette mere , aveuglée par fatendreflè , sacrifia son bonheur à son ambi-tion. Elle fit épouser Qctavie à Néron , hon-neur qui le rendit égal en tout à Britannicus.Ses desseins furent favorisés par l’intrigue descourtisans, qui, complices de la mort deMeflaline, avoient à redouter le reflèntimenïde son fils s’il parvenoit à l’empire. Agrip-pine, devenue l’arbitre des destinées publi-ques & particulières, fit chassèr de Rome SCde l’Italie celles qui pouvaient lui disputer le