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Tome huitième.
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la plus importante de nos spéculations, d oùl’on pourroit déduire des connaissances auíîìcertaines, si les vices, les passions, des in-térêts dominans, ne s’opposoient directe-ment à 1 exécution d’une telle entreprise.

L’idée d’un Etre suprême, infini en puis-sance , en bonté , en sagesse , qui nous afaits , ct de qui nous dépendons ; & l’idéede nous-memes comme de créatures intel-ligentes ct raisonnables : ces deux idées,dis-je , bien approfondies, conduirpient àdes conséquences fur nos devoirs enversDieu , aussi nécessaires & aussi intimementfées, que toutes les conséquences qu’ontire des principes mathématiques. On auroitdu juste & de l’injuste des mesures aussiprécises ct aussi exactes que celles que nous■avons du nombre ct de l’étendue. Parexemple , cette proposition ; il ne sauroit yavoir de l’injustice ou il n y a point de pro-priété, est aussi certaine qu’aucune démons-tration qui soit dans Euclide ; car l’idée depropriété , étant un droit à une certainechose , & l’idée qu’on désigne par le nomd ‘injustice, étant 1 invasion ou la violationd’un droit ; il est évident que ces idées étantainsi déterminées , & ces noms leur étantattachés , je puis connoître aussi certaine-ment que cette proposition est véritable ,xjue je comtois qu’un triangle a trois an-gles égaux à deux droits. Autre proposi-tion d’une égale certitude , nul gouverne-ment n’accorde une absolue liberté ; car com-me l’idée de gouvernement est un établiíîe-ment de société sur certaines réglés ou loixdont il exige l’exécution, & que l’idée d’uneabsolue liberté emporte avec elle le droit defaire tout ce que l’on veut; je puis être aussi.certain de la vérité de cette proposition,que d’aucune qu’on trouve dans les mathé-matiques.

Ce qui a donné à cet égard l’avantagé auxjdées de quantité , c’est :

i°. Qu’on peut les présenter par desmarques sensibles, qui ont une plus grandect plus étroite correspondance avec elles ,que quelques mots ou sens qu’on puislèimaginer. Des figures tracées fur le papierfont autant de copies des idées qu’on adans l’esprit, ct q U i ne sont pas sujettes àî incertitude que les mots ont dans leursignification, Un angle, uir cercle, ou un

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quarté qu’on trace avec des lignes, paroît àla vue, fans qu’on puisse s’y méprendre, ildemeure invariable, & peut être considéréà loisir ; on peut revoir la démonstrationqu’on a faite fur son sujet, ct en considé-rer plus d’une fois toutes les parties , fansqu’il y ait aucun danger que les idées chan-gent le moins du monde. On ne peut pasfaire la même chose à l’égard des idéesmorales ; car nous n’avons point de mar-ques sensibles qui les représentent, & paroù nous puissions les exposer aux yeux.Nous n’avons que des mots pour les ex-primer ; mais quoique ces mots restent lesmêmes quand ils font écrits , cependantles idées qu’ils signifient, peuvent varierdans le même homme ; & il est fort rarequ’elles ne soient pas différentes en différen-tes personnes.

2 .°. Une autre chose qui cause une plusgrande difficulté dans la morale , c’est queles idées morales font ordinairement pluscomplexes que celles des figures , qu’onconsidéré ordinairement dans les mathéma-tiques ; d’où naissent ces deux'inconvéniens :le premier , que les noms des idées mora-les ont une signification plus incertaine,parce qu’on ne convient pas li aisément dela collection d’idées simples qu’ils signifientprécisément ; & par conséquent le signequ’on met toujours à leur place , lorsqu’ons’entretient avec d’autres personnes, & sou-vent en méditant en soi-même , n’emportepas constamment avec lui la même idee. Unautre inconvénient qui naît de la compli-cation des idées morales , c’est que l’eipritne sauroit retenir aisément ces combinai-sons précises d’une maniéré aussi exacte ctaussi parfaite qu’il est nécessaire pour exa-miner les rapports, les convenances ou lesdisconvenances de plusieurs de ces ideescomparées l’une à l’autre ; ct sur-tout lorl-qu’on n’en peut juger que par de longues

déductions , & par l’intervention de plu-sieurs autres idées complexes, dont on lesert pour montrer la convenance de deuxidées éloignées. Il est donc certain que lesvérités morales ont une n tro î t: ; e foison lesunes avec les autres , qu eues découlent d i-dées claires & distincte P ar des conséquen-ces nécessaires, ct que par conséquent ellespeuvent être démontrées.