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fera pas un ouvrage fini, ou exactementcorrect. On en peut dire autant d’un ta-bleau qui exprimera parfaitement ce qu’ildoit représenter, quoique les couleurs nesoient pas bien fondues , & que ni chaquemembre de la figure, ni chaque pli de ladraperie , ni chaque feuille d’arbre , soitaíïbz travaillée, pour que séparée de Pen-semble , elle paroisse un tout achevé jus-ques dans ses moindres parties.
De - lâ on connoîtra dans quels casl'extrême correction est superflue , oumême nuisible ; & dans quels autres elleest nécessaire à la perfection de l’ouvrage.Dans tous les objets qui font du ressortde la vue, & par conséquent dans tousles arts du destin , la correction est inutilelorsque P ouvrage doit être placé à unegrande distance de Pœil , parce que l’élohgnement fait disparaître les petites parties.II seroit parfaitement inutile d’exprimerdans une figure qui fera placée fur unehaute colonne , ou dans un lieu élevé ,les traits fins du visage , les petites ridesde la peau , les légeres inflexions desmuscles. On fait par Phistoire des deuxsculpteurs Athéniens, que dans ces cas-là , la correction est nuisible en ce qu’elleempêche P effet du tout. Un peintre quitravaillerait un plafond dans le goût dela miniature , ou même d’une piece dechevalet, ne présenterait rien à Pœil quipût lui plaire , quelque grandeur qu’ildonnât à ses figures ; parce que, dès quePappartement est élevé, Péloignement affoi-blit les couleurs. Ce qui de loin doit pro-duire un grand effet , ne peut qu’êtregrossier & rude étant vu de près,
La même remarque doit également Rap-pliquer aux objets que Pœil voit, à lavérité , de près, mais qui , relativementaux autres parties du tableau, font censésêtre dans le lointain.
Secondement , la correction est inutile ,lorsque P effet ne doit résulter que de P en-semble. Que par exemple une contrée n’aitrien d’agréable que la distribution ravis-sante des jours & des ombres , ou la belleharmonie des couleurs ; le peintre auraparfaitement atteint son but , s’il fait ren-dre ces beautés, quoiqu’aucun objet parti-culier du paysage ne soit correct ni dans le
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destin , ni dans le coloris. Ce seroit bienen vain qu’un compositeur se peinerait dansun tutti, ou dans un chœur, à noter cor-rectement chaque voix en particulier.L’effet doit résulter du tout. U en est demême encore d’un discours entier , oud’une de ses parties principales, l’atteritioadoit être dirigée uniquement fur la naturede l’objet en général ; ce seroit une peineperdue que de limer chaque expression ,ou de rechercher la meilleure tournurede chaque phrase.
Le soin qu’on donne dans ces cas-là auxaccessoires, est même tròs-désavantageux.On détourne par-là Pattention qu’il falloirréserver au tout. Quand on veut représen-ter un héros, dont la grandeur doit êtremarquée par les traits du visage , Pair detête & l’attitude , il ne faut pas tra-vailler la draperie ou les armes avec unfoin fi correct qu’ils puissent entraîner &fixer les regards, tant d’exactitude seroitmanquer le but ; il y a de Phabileté àsavoir être négligent dans les hors-d’œu-vres. C’est-là la savante négligence deplusieurs anciens. Qu<xc{^m etiam negligen•tia ejl diligens. Cic.
On peut donc établir pour réglé géné-rale , que le foin d’être correct est nuisible,dès qu’il détourne Pattention de l’objetprincipal, soit pour la fixer sur des acces-soires , soit pour la faire paííbr de P ouvragemême sur l’artiste & sur sa maniéré ,contre son intention. Un orateur qui auraità répondre à une accusation bien grave ,& qui seroit obligé de prouver son inno-cence , risquerait de se perdre par undiscours fi travaillé & si correc7 , que{'auditeur ne pût s’occuper que des beau-tés de la diction. Enfin P application à êtrecorrect est nuisible , lorsqu’elle rend l’ou-vrage sec & peiné ; elle convient aux petitsouvrages de pur agrément, où Pon n’exigeque de la finestb & de la délicatesse , maisque ce soit sans leur ôter Pair de legéreté& d’aisance , & sans préjudicier àl’effetde Pensemble. Tels font les ouvragesd’un Gérard Dow , & d’un FrançoisMieris,
* CORRECTEUR , f. m. ( Gramm. )celui qui corrige. Corriger z deux accep-tions ; ç’est, ou infliger une peine pour