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Tome neuvième.
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par le nombre des travailleurs , commeíònt ordinairement tous les travaux publics,ne| demande pas beaucoup de personnespour être bien conduit ; un seul ouvrage ,une seule tête , le nombre des bras n’yfait rien ; mais il faut qu’avec l'unité d'es-prit , il y ait auíîì unité d’action : ce qui nel'e rencontre point dans tout ouvrage pu-blic que l’on a déchiré en mille partiesdifférentes, où l’intérêt particulier ne tientplus à l’intérêt général, & où il faut parconséquent un bien plus grand nombre detêtes pour pouvoir les conduire tous en-semble avec quelque succès, & pour lesréunir malgré le vice de la méthode quiles désunit.

Puisque la distribution de la- taille avoitconduit à la distribution de toute uneroute en tâche particulière, on auroit dûsentir que comme il falloit plusieurs col-lecteurs par communauté pour lever uneimposition d’argent , il auroit failli aumoins un conducteur fur chacune pour tenirles rôles & les états de cette corvée tari-fée , & pour tracer & conduire toutes lesportions d’ouvrage assignées à chaque par-ticulier. On aura pu faire fans doute cetteréflexion simple : mais l’œconomie fur lenombre des employés ne permettant pasdans un état où il se fait une grande quan-tité de ces fortes d’ouvrages, de multiplierautant qu’il seroit nécessaire , sur - toutdans cette méthode, les ingénieurs, lesinspecteurs, les conducteurs, &c. il estarrivé que l’on n’a jamais pu embrasser& suivre tous ces ouvrages particuliers ,pour les conduire chacun à leur perfec-tion.

Quand on supposeroit que tous les par-ticuliers ont été de concert dès le commen-cement pour se rendre sur toute l’étenduede la route , chacun sur sa partie , uninspecteur & quelques conducteurs ont-ilssuffi le premier lundi pour marquer à unchacun son lieu , pour lui tracer sa por-tion , pour veiller pendant la semaine à cequ’elie fût bien faite , & enfin pour re-cevoir toutes ces portions les unes aprèsles autres le samedi , & en donner à cha-cun le reçu & la décharge ? Qui ne voltqu’il y a de l’impoísibilité à conduire ainsichaque particulier , lorsque l’on a entre-

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pris de la forte une route divisée danstoute son étendue ? Ces inconvéniens iné-vitables dès la premiere semaine du tra-vail , ont dû nécessairement entraîner ledésordre de la seconde ; de saisons ensaisons & d’années en années, il n’a plusfait que croître & augmenter jusqu au pointoù il est aujourd’hui. De l’impoísibilité deles conduire , on est tombé ensuite dansl’impoísibilité de les contraindre ; le nom-bre des réfractaires ayant bientôt excédétout moyen de les punir.

J’ai tous les jours , dit fauteur de cetarticle , des preuves de cette situationétrange pour un ouvrage public, où depuisenviron dix mois de travail je n’ai jamaistrouvé plus de trois corvoyeurs ensemble,plus de dix ou douze fur toute l’étendue dela route , & où le plus souvent je n’aitrouvé personne. Je n’ai pas été long-tempsfans m’appercevoir que le principe d’unetelle désertion ne pouvoit être que dansla division contre nature d’une action pu-blique en une infinité d’actions particuliè-res , qui n’étoient unies ni par le lieu ,ni par le temps , ni par l’intérêt com-mun : chaque particulier fur cette routene pense qu’à lui , il choisit à sa vo-lonté le jour de son travail , iî croitqusil en est comme de la taille quechacun paye séparément & le plus tard qu’ilpeut , il ne s’embarrasse de celle des au-tres que pour ne pas commencer le pre-mier ; & comme chacun fait le mêmeraisonnement, personne ne commence.

Je peux dire que je n’ai point encoreété sur cette route avec un but ou unobjet déterminé , soit d’y trouver telles outelles communautés, soit de me rendre surtel ou tel attelier pour y tracer l’ouvrage.Dans le printemps dernier, par exemple ,où je n’ai point laissé passer de semainesans y aller , je ne me fuis toujours misen marche qu’à l’aventure , & parce qu’ilétoit du devoir de mon état d’y aller ;situation où je ne me fuis jamais trouvédans mes autres travaux , pour lesquels jene montois jamais à cheval fans en avoirauparavant un objet fixe & un but réflé-chi qui m’y appeîloit.

Ce n’est point faute d’ordonnances néan-moins ; & faute de régleraens de la part