Band 
Tome neuvième.
Seite
676
JPEG-Download
 

6 j 6 COU

presque entiere de quelles couleurs íe pein-tre les avoit ébauchées.

II n’y a que de fréquentes observationsbien faites & bien réfléchies quLpuistentinstruire à fond le peintre des diverses pro-priétés des couleurs. Les unes ont plus decorps que les autres ; il y en a qui rehaus-sent celles avec lesquelles on les mêle ,d’autres' les rendent ternes ; telle couleurperce & domine dans le mélange , telleautre n’est qu’une gaze transparente. Lepeintre à tous ces égards doit avoir le génied un habile physicien , observer exacte-ment chaque phénomène , & en pénétrerla véritable cause. Sans ce génie, il n’estguere possible d’exceller dans le coloris.

Les couleurs considérées dans leurs prin-cipes élémentaires , font , ou des terresnaturellement colorées, ou des couleurschymiques tirées des métaux , ou enfin dessucs extraits des végétaux ou des animaux.Les premieres , comme les ochres , fontles plus constantes , & ont pour la plupartbeaucoup de corps ; ce qui néanmoins n’estvrai qu’avec des restrictions. Les couleursartificielles que la Chymie prépare nefont pas d’un usage auffi sûr , elles ontsouvent quelque chose d’âcre & de corrosif,qui nuit aux couleurs qu’on incorpore avecelles , & elles - mêmes font exposées àêtre altérées par les exhalaisons minéralesdont l’air est plus ou moins chargé. 11 ya cependant dans ce genre quelques cou-leurs très - belles & très-constantes. Cen’est pas ici le lieu d’entrer dans un plusgrand détail , on peut consulter utilementsur cette matière le Dictionnaire portatifde Peinture de Dom Pernety.

Ce qui appartient beaucoup plus essen-tiellement à notre objet , c’est la considé-ration des couleurs , en tant qu’elles fontune lumière colorée , propre â donner àune figure dessinée l’apparence d’un corpsréellement existant dans la nature. Les cou-leurs dont la nature a revêtu les corps ,font diversifiées à l’infini. On entrepren-droit en vain d’en faire l’énumération ,& bien moins encore pourroit-on les dé-signer par des noms diítinctifs. D’ailleurs ,Les différentes intensités de la lumière inci-dente , l’éloignement de l’ceil , le ton dumilieu aérien au travers duquel on les ap-

c O U

perçoit, & les reflets des corps ambians ,produisent de nouvelles variétés ; il sembledonc au premier coup-d’œil , qu’il n’y aaucune apparence de pouvoir réduire àdes réglés un peu fixes l’art du coloris :mais quand on considéré que l’on voit ce-pendant des tableaux où la nature est imi-tée jusqu’à un très-haut degré d’iliusion,on en peut conclure que cette partie dsl’art du peintre est susceptible de régléssûres & bien déterminées.

Pour y parvenir, il faudroit de néces-sité débuter par se faire une notice com-plette des diverses couleurs , asm de leurimposer un nom,& déterminer les diffé-rentes modifications qu’une même couleurpeut subir sans se décolorer. Outre les pre-miers estais de cette théorie que le célé-bré Léonard de Vinci avoit faits, & quedepuis deux siécles aucun peintre n’a en-trepris de continuer, deux Physiciens,philosophes éclairés , ont depuis peu tra-vaillé à applanir la route que de Vinci avoittracée ; comme leurs recherches ne fontpas encore généralement publiques , nous,allons en rapporter le précis.

La premiere question qui se présente ici,c’est donc de rechercher jusqu’a quel pointil est possible de classer toutes les couleursqui existent dans la nature , & de lesétaler fur la palette du peintre , en fortequ’il puifíe choisir à coup sûr celle quele cas exige ? Léonard de Vinci avoitdéja tenté la solution de ce problème auchapitre 121 de son Traité de la Pein-ture. Le célébré astronome de Gottingue,M.Mayer, qu’une mort prématurée a enlevéaux sciences qu’il cultivoit avec tant desuccès , a poussé cette recherche beaucoupplus loin que de Vinci. Malheureusementle mémoire qu’il a donné sur cette matièreà la société de Gottingue, n’a point encore,paru ; mais en attendant voici une esquissede la méthode qu’il avoit imaginée.

M. Mayer adopte trois couleurs pri-mitives , desquelles il tâche de dérivertoutes les autres. Ces couleurs fonda-mentales font, le rouge ,, le jaune & lebleu ' r chacune de l’espece que l’on ap-perçoit dans l’arc-en-ciel , ou dans lesimages du soleil que le prisme nous faitvoir. D’après quelques expériences qu’il