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Je dis plus, quand même le goût du luxe& des superfluités feroit entrer de l’argentdans le royaume , cela ne prouveroit pointdu tout l’accroissement de nos richesses , Scn’empêcheroit pas les dommages qui íiii-vent toujours la diílìpation & la prodiga-lité. Voilà fur cela mon raisonnement.
L’Europe entiere possede au moins troisfois plus d'efpeces qu’elle n’en avoir il y atrois cens ans ; elle a même pour en fa-ciliter la circulation bien des moyens qu'onkfavoir pas encore trouvés. L'Europe est-elleà proportion plus riche qu elle n’étoit dansces temps-là ? Il s’en faut certainement beau-coup. Les divers états , royaumes , ou ré-publiques , ne connoissoient point alors lesdettes nationales ; presque tous aujourd’huifont obérés à ne pouvoir s’en relever de long-temps. On ne connoiíTòit point aussi pourlors ce grand nombre d'impofitions dont lespeuples d’Europe font chargés de nos jours.
Les arts, les métiers, les négoces étoientpour tout le monde d’un abord libre Scgratuit ; au lieu qu’on n’y entre à présentqu en déboursant des sommes considérables.Les offices Sc les charges de judicature , les«mplois civils Sc militaires étoient le fruitde la faveur ou du mérite ; maintenant ilfaut les acheter , fi l’on y veut parvenir : parconséquent il étoit plus facile de se donnerun état, Sc de vivre à íbn aise en travaillant;Sc dès-là il étoit plus facile de se marier Scd'élever une famille. On sent qu’il ne fal-loit qu’être laborieux Sc rangé. Qu’il s’enfaut aujourd’hui que cela suffise !
Je conclus de ces tristes différences , quenous sommes réellement plus agités, pluspauvres, plus exposés aux chagrins 8c auxmisères, en un mot moins heureux 8c moinsopulens , malgré les riches buffets 8c les tasdor Ac d’argent si communs de nos jours.. ^ acquisition des métaux précieux , ni lacirculation des efpeces ne font donc pas lajuste mesure de la richesse nationale ; &comme je l'ai dit, ce n’est point sur celaque doit rouler la question présente.
Il s’agit simplement de savoir si le surcroîtde dépense qui se fait toujours pendant lesfîtes , n’occaíìonne pas quelque diminutiondes biens réels ; & .si les excès , les festins ,Sc autres iuperfluités communes en ces for-tes de jours, b,en que profitables à quelquesTome XIV,
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particuliers, ne font pas véritablement dom-mageables à la société : sur quoi l’on peutétablir comme un axiome de gouvernement,que l’augmentation ou la diminution desbiens physiques , est la mesure infaillible del'enrichissement ou de l’appauvrissement desétats ; 8c qu’ainíi un travail continu de lapart des sujets augmentant à coup fur laquantité de ces biens , doit être beaucoupplus avantageux à la nation, que les su-perfluités Sc les dépenses qui accompagnentles fîtes parmi nous.
Il est visible en effet qu’une portion consi-dérable des biens les plus solides se prodi-guant chez nous durant les fîtes , la masse en-tiere de ces vrais biens est nécessairement di-minuée d’autant ; perte qui se répand ensuitesur le public Sc sur les particuliers : car iln’est pas vrai, comme on le dit, que l’ungagne tout ce que l’autre dépense. Le bu-veur , l’homme de bonne chere Sc de plaisirqui dissipe un louis mal à propos , perd à lavérité son louis à pur Sc à plein ; mais lecabaretier, le traiteur qui le reçoit, ne legagne pas également : à peine y fait-il unquart ou un cinquième de profit, le resteest en pure perte pour la société. En un mottoute consommation de vivres ou d’autresbiens donc on use à concre-.temps Sc donton prive souvent íà famille, devient une vé-ritable perte que l’argent ne répare point enpassant d’une main à l’autre : l’argent reste,il est vrai ; mais le bien s’anéantit. Il en ré-sulte que íì par la suppression des fîtes nousétions tout-à-coup délivrés des folles dé-penses qui en font la fuite inévitable , ce se-roit sans contredit une épargne fructueuse& une augmentation sensible de notre opu-lence ; outre que les travaux utiles, alorsbeaucoup mieux suivis qu’à présent, prodtu-toient chez nous une abondance générale.
Pour mieux développer cette vérité , sup-posons que la nation françoise dépensât du-rant une année moitié moins de toute fortede biens ; que néanmoins les choses fussentarrangées de façon que chacun travaillâtmoitié davantage ou moitié plus fructueu-sement , Sc qu’en conséquence toutes lesproductions de nos terres , fabriques, &manufactures , devinssent deux ou trois foisplus abondantes ; n’est-il pas visible qu’à lafin d'une t Jlc année la nation se trauverost
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